Le schéma actantiel
représente les relations que les personnages entretiennent entre
eux.
"Je ne peins
pas l'homme, je peins le passage", Montaigne
La
quête d'écriture romanesque
du collectif de personnages en lien avec la recherche d'une
esthétique fondée sur une éthique générationnelle et
intergénérationnelle peut être soutenue par des adjuvants
ou freinée, voire entravée, par des
opposants,
internes ou externes. Ces interférences, parfois réversibles, dans
le destin des protagonistes, avec les péripéties, rebondissements,
quiproquos et retournements de situation qu'elles provoquent,
contribueront à la dynamique d'écriture du récit, permettant
d'alterner dans sa construction, les forces transformatrices et
ré-équilibrantes.
cf. Rubrique Le
Story-board
"C'est la
contradiction qui donne la vie en littérature",
Balzac, Illusions perdues
Il pourra en être
question au cours du (des) "pas de deux" entre
l'un des personnages principaux (ou le collectif de personnages) et
le (les) personnage(s) d'écrivain(s) qui l'orientera(ont) dans sa
(leur) dans cette aventure d'écriture de sa (leur) propre histoire.
cf. Rubrique Le
dialogue initiatique
Les "pas de deux" réversibles
du théâtre de Shakespeare, Molière, Racine, Marivaux, Beaumarchais
Ibsen, Nathalie Sarraute, Joël Pommerat et Fabrice Roger-Lacan
notamment, peuvent contribuer à cette dynamique d'écriture faite
d'équilibre et de déséquilibres entre forces positives et
négatives souvent mêlées et/ou trompeuses, adjuvants
et opposants parce que, suivant
Antoine Vitez "Le théâtre est un
champ de forces,
très petit, mais où se joue toujours toute l'histoire de la
société, et qui, malgré son exiguïté, sert de modèle à la vie
des gens."
http://tempoetheatre.blogspot.com
Fabrice Roger-Lacan
s'est inspiré du "pas de deux"
réversible et pervers du Limier
de Joseph L. Mankiewicz (1972)
de Cravate
Club à Quelqu'un
comme vous ..
à La porte d'à
côté ?
Elle est psy. Il vend des yaourts. Ils sont voisins de
palier, ils se détestent cordialement, et comme des millions de
célibataires perdus dans la ville, ils explorent furtivement les
sites de rencontre à la recherche de l’amour – quelqu’un qui
serait juste aux antipodes de ce personnage infernal qui vit la porte
à côté. Et lorsqu’enfin ils trouvent chacun l’âme sœur, ils
ne résistent pas au plaisir de se l’annoncer. Histoire de
s’engueuler encore une fois… La dernière ?
Quelqu'un comme vous, Fabrice Roger-Lacan

Vous comptez vous y prendre comment ? à mains nues ?
Une plage, deux hommes. Le vide autour d’eux, trois kilomètres de sable nu, le soleil au-dessus. Mais le plus jeune s’allonge près du plus vieux. Promiscuité dans le désert. Pourquoi ? Les voilà qui s’interrogent. L’un, patron, ours satisfait, niveau social élevé, cherche le repos. L’autre, homme de main, renard futé, trimballe un secret dans sa sacoche. Règlement de comptes, tête mise à prix, assassinat en règle, tout semble possible. Le doute plane et les questions tombent.
« Vous ne trouvez pas ça réconfortant, vous, que l’homme ne soit pas seulement une menace pour l’homme ? »
Dans un rythme vif, dense, une lutte à mains nues et à mots découverts, deux monstres s’affrontent, s’éprouvent dans un espace dépouillé qu’envahissent peu à peu tous les éléments de la machinerie théâtrale ; cintres ou projecteurs dans un concert de sons étranges. Dialogue vif, trempé d’humour et d’effroi, Quelqu’un comme vous fait état du monde d’aujourd’hui à travers deux figures d’égoïsmes monstres qui cherchent à s’inventer une relation. Ils s’éprouvent en vain jusqu’au point de non retour, dans leur solitude infinie, irrémédiable.
Auteur de Cravate Club, d’Irrésistible, pièces cruelles et jubilatoires, coscénariste du premier film d’Isabelle Nanty, Le Bison (et sa voisine Dorine), Fabrice Roger-Lacan organise un jeu de massacre sans merci. Comédienne, metteur en scène fidèle de l’auteur, Isabelle Nanty orchestre cette partie d’échecs ardente, acharnement malin ou harcèlement moral. Elle apprivoise deux
« dragons qui ne baissent jamais la garde, deux sumos qui veulent rester à leur place, ancrés par une gravité formidable. » Elle dirige Jacques Weber avec qui elle débuta, et le « débutant » Bénabar qui fait ses premiers pas de comédien au théâtre ; bêtes de scène aux registres opposés, monstres sacrés.
production Théâtre du Rond-Point / Le Rond-Point des tournées
texte publié aux éditions l’Avant-Scène Théâtre, collection les Quatre-vents
texte publié aux éditions l’Avant-Scène Théâtre, collection les Quatre-vents
Quelqu’un d’autre : Qu’est-ce que vous cherchez ?
Quelqu’un : Une espadrille.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ?
Quelqu’un : Parce qu’il me manque une espadrille.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ça vous ennuie ? Pourquoi ça vous ennuie de m’étaler un peu de crème dans le dos ?
Quelqu’un : Ça m’ennuie, c’est tout.
Quelqu’un d’autre : Ça vous gêne ?
Quelqu’un : Oui. Ça me gêne si vous voulez.
Quelqu’un d’autre : C’est pas moi qui veux, c’est vous qui voulez pas. Pourquoi vous voulez pas ?
Quelqu’un : Parce que je veux pas.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ça vous gêne ?
Quelqu’un : Je vais pas vous faire un dessin.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi pas ? Un dessin dans le sable. Parfois c’est plus facile d’exprimer la chose comme ça qu’avec des mots. Ça vous gêne vraiment d’étaler un peu de crème solaire entre les omoplates de votre semblable.
Quelqu’un : C’est pas une question d’omoplates ni de crème solaire.
Quelqu’un d’autre : C’est une question de quoi ? Dites-moi. Je suis sûr que dans votre travail vous dites les choses sans mettre des gants. Pourquoi vous prenez des gants avec moi ?
Quelqu’un : Je ne prends pas de gants. Je vous dis, là. Bien en face. Il n’est pas question que j’effleure la peau de votre dos. Avec ou sans crème.
Quelqu’un d’autre : Avec des gants vous voudriez bien ?
Quelqu’un : Non.
Quelqu’un d’autre : Même avec des gants ça vous dégoûte ?
Quelqu’un : C’est pas la question.
Quelqu’un d’autre : Je ne vous dégoûte pas ?
Quelqu’un : Quoi ?
Quelqu’un d’autre : Je ne vous dégoûte pas ?
Quelqu’un : Non. Pas spécialement. Vous ne me dégoûtez pas spécialement.
Quelqu’un d’autre : Pas spécialement ? Je ne vous dégoûte pas plus qu’un autre ?
Quelqu’un : Voilà.
Quelqu’un d’autre : Tout le monde vous dégoûte.
Quelqu’un : Tout le monde ne me dégoûte pas. C’est une question. C’est une question de peau. De chair.
Quelqu’un d’autre : Ma chair vous dégoûte ?
Quelqu’un : Pas votre chair. La chair. La chair des.
Quelqu’un d’autre : Des gens ?
Quelqu’un : Non pas des gens. Les gens ne me dégoûtent pas. La chair des gens ne me dégoûte pas. Je suis quelqu’un d’ouvert. De tolérant. Je suis un homme de contact. J’ai des amis de toutes les. De tous les. De tous les horizons.
Quelqu’un d’autre : Un homme de contact.
Quelqu’un : Un homme de contact. On peut être un homme de contact et ne pas avoir spécialement envie d’enduire de crème la peau d’un inconnu.
Fabrice Roger-Lacan :
Quelqu’un : Une espadrille.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ?
Quelqu’un : Parce qu’il me manque une espadrille.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ça vous ennuie ? Pourquoi ça vous ennuie de m’étaler un peu de crème dans le dos ?
Quelqu’un : Ça m’ennuie, c’est tout.
Quelqu’un d’autre : Ça vous gêne ?
Quelqu’un : Oui. Ça me gêne si vous voulez.
Quelqu’un d’autre : C’est pas moi qui veux, c’est vous qui voulez pas. Pourquoi vous voulez pas ?
Quelqu’un : Parce que je veux pas.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi ça vous gêne ?
Quelqu’un : Je vais pas vous faire un dessin.
Quelqu’un d’autre : Pourquoi pas ? Un dessin dans le sable. Parfois c’est plus facile d’exprimer la chose comme ça qu’avec des mots. Ça vous gêne vraiment d’étaler un peu de crème solaire entre les omoplates de votre semblable.
Quelqu’un : C’est pas une question d’omoplates ni de crème solaire.
Quelqu’un d’autre : C’est une question de quoi ? Dites-moi. Je suis sûr que dans votre travail vous dites les choses sans mettre des gants. Pourquoi vous prenez des gants avec moi ?
Quelqu’un : Je ne prends pas de gants. Je vous dis, là. Bien en face. Il n’est pas question que j’effleure la peau de votre dos. Avec ou sans crème.
Quelqu’un d’autre : Avec des gants vous voudriez bien ?
Quelqu’un : Non.
Quelqu’un d’autre : Même avec des gants ça vous dégoûte ?
Quelqu’un : C’est pas la question.
Quelqu’un d’autre : Je ne vous dégoûte pas ?
Quelqu’un : Quoi ?
Quelqu’un d’autre : Je ne vous dégoûte pas ?
Quelqu’un : Non. Pas spécialement. Vous ne me dégoûtez pas spécialement.
Quelqu’un d’autre : Pas spécialement ? Je ne vous dégoûte pas plus qu’un autre ?
Quelqu’un : Voilà.
Quelqu’un d’autre : Tout le monde vous dégoûte.
Quelqu’un : Tout le monde ne me dégoûte pas. C’est une question. C’est une question de peau. De chair.
Quelqu’un d’autre : Ma chair vous dégoûte ?
Quelqu’un : Pas votre chair. La chair. La chair des.
Quelqu’un d’autre : Des gens ?
Quelqu’un : Non pas des gens. Les gens ne me dégoûtent pas. La chair des gens ne me dégoûte pas. Je suis quelqu’un d’ouvert. De tolérant. Je suis un homme de contact. J’ai des amis de toutes les. De tous les. De tous les horizons.
Quelqu’un d’autre : Un homme de contact.
Quelqu’un : Un homme de contact. On peut être un homme de contact et ne pas avoir spécialement envie d’enduire de crème la peau d’un inconnu.
Fabrice Roger-Lacan :
Scénariste
et dramaturge, réalisateur, dialoguiste et conseiller technique, il a
d'abord écrit pour le cinéma et la télévision, avec notamment à ses
débuts, en 1993, un long-métrage : La Folie douce de Frédéric Jardin. En 2000, il cosigne le scénario de La Bostella, premier film d'Edouard Baer, puis participe à celui d'Akoibon en 2005. C'est avec sa pièce Cravate Club,
jouée par Edouard Baer et Charles Berling et montée en 2000 à la Gaîté
Montparnasse, qu'il s'est fait connaître du public. Il adapte ensuite la
pièce au cinéma et écrit les scénarios du Bison (et sa voisine Dorine) d’Isabelle Nanty, d’Adolphe de Benoît Jacquot et de L’Île aux trésors d’Alain Berbérian. Sa dernière pièce, Irrésistible, mise en scène par Isabelle Nanty, remporte également un très vif succès auprès du public.
* Fabrice Roger-Lacan est le fils de Caroline Roger, fille aînée de Jacques Lacan.
Ancien élève de l'EABJM, il a poursuivi ses études à l'Ecole normale
supérieure de la rue d'Ulm et à l'Ecole de cinéma de l'université de New
York avant de collaborer avec des metteurs en scène aux univers variés
comme Edouard Baer, Benoît Jacquot, Bruno Chiche ou Isabelle Nanty.
"Tempo è galant'uomo"
