Correspondances
2014
: le dossier
pré-rédactionnel
Entreprendre l'écriture d'un roman pour apprendre, "en lisant, en écrivant"
Entreprendre l'écriture d'un roman pour apprendre, "en lisant, en écrivant"
Une
mise en perspective historique et critique dans le cadre de
l'aventure d'écriture d'un roman collectif interactif :
une
enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la
communication et des représentations.
L'autre,
un sujet en question
: de cercles-frictions en
"Cercles/Fictions"
pour
une "échologie du
temps perdu et retrouvé"
cf. Rubrique
De l'écriture à la ré-écriture
O O
LA FILIATION : pour une école du lecteur et du romancier de sa propre vie, aujourd'hui..
"J'ai
essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but
infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but
adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de
s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à
lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art.
J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de
satisfaction artistique, à partager non point une émotion des
personnages du livre, mais les émotions de son auteur – les joies
et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour
des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel
ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."
Vladimir Nabokov
O O
Romans contemporains :
la première phrase.
"En
toute chose il faut considérer la fin."
La
Fontaine, "Le Renard et le Bouc"
Le pensez-vous ?
" -- Allez vous
garer là-bas, au fond de cette rue paisible, et on va faire un point
sur les connaissances mécaniques."
"Ceux qui pensaient
que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis
longtemps."
"On prend la mer et
on atteint un fleuve."
"Je suis plus vieux
que mon arrière-grand-père."
"L'enfant a douze
semaines, et son souffle vous berce au rythme calme et régulier d'un
métronome."
"Il était assis à
son bureau, face au mur, la tête dans les mains, penché sur les
feuilles de papier à lettres couvertes de son écriture fine, au
feutre noir."
"Commencer par sa
blessure, commencer par ça – dernier stigmate d'un caporalisme
auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire --, une
entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté
sans succès de se faire décaper la surface à la meule abrasive
chez un chirugien esthétique de Tmes Square, trop tard, il la
garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler
d'où elle vient, de quelle zone/de quelle violence."
"Reçu cet
après-midi la visite d'Henri Gisquet."
"Je suis tombé."
"En s'avançant en
tête du cortège, Jeanne ressentait une impression étrangement
similaire à celle qu'elle avait ressentie le jour de son mariage."
"D'abord, je vais
raconter le hold-up que nos parents ont commis."
"En dehors du côté
spectaculaire de certaines des robes créées par Marie dans le passé
– la robe en sorbet, la robe en calycotome et romarin, la robe en
gorgone de mer que paraient des colliers d'oursins et des boucles
d'oreilles de Vénus --, Marie s'aventurait parfois, en marge de la
mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus
radicales de l'art contemporain."
"Ida se trouvait
dans le salon."
" -- Centrale de la
police, quelle est votre urgence ?"
"La voix traverse le
sommeil, oscille à la surface."
"Aujourd'hui, je ne
suis pas allé au Lycée."
"De corps fatigué,
avec ses cheveux comme une pelletée de cendre, cinquante-quatre ans,
les épaules chargées d'un sac, Courbet enquilla la rue de la
Froidière, la barbe ouverte d'un sourire de bel entrain."
" -- Que les gens
sont laids ! Soupire Hortense en ajustant les jumelles sur le bout de
son nez."
"Le style, c'est l'homme même"
O O
Entreprendre l'écriture d'un roman expérimental du XXIème siècle pour apprendre :
"en lisant, en écrivant"
"Où
est passé le temps"
?
Titre d'un collectif auquel Raphaël Enthoven a participé sous la direction de Jean Birnbaum dans la collection folioessais du "Monde".
Titre d'un collectif auquel Raphaël Enthoven a participé sous la direction de Jean Birnbaum dans la collection folioessais du "Monde".
Devenir
romancier, c'est retrouver le palimpseste de la mémoire, passer du
"temps perdu" au
"temps retrouvé",
entrer en littérature, "la vraie vie" au sens
sémiotique proustien de décryptage des signes (lecture à rebours),
parce que suivant le sociologue Jean Baudrillard "les
événements ont dépassé la vitesse du sens",
d'où "La vraie vie, la
vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent
pleinement vécue, c'est la littérature." Marcel Proust
« Je
ne peins pas l'homme, je peins le passage »,
Montaigne
Où est passé le sens ?
Où est passé le sens ?
"Les événements ont dépassé la vitesse du sens", Jean Baudrillard
"Les
Inséparables"
d'Esther Shalev-Gerz, fabriqué par Jaeger-LeCoultre
"Tout
est signe et tout signe est message." Marcel
Proust
De l'écriture d'une aventure à l'aventure d'une écriture : au Lycée
http://tempoecorrespondances2014.blogspot.com
Pensez à consulter également les making of 2013 et 2012 de cette aventure d'écriture en palimpsestes et en arborescence :
http://tempoeroman2013.blogspot.com
Pensez à consulter le making of 2014 du roman polyphonique des romanciers en devenir pré-adolescents :
Magie de la lecture : au Collège
http://tempoecoincidences2014.blogspot.com
et leur making of 2013 : http://tempoeclipse.blogspot.com
http://tempoemythe.blogspot.com
"Amant
alterna Camenae",
Virgile
("Les Muses aiment les chants alternés")
http://tempoemythe.blogspot.com
"Toute écriture est un palimpseste", Gérard Genette
"Tous
les textes qui sont donnés ici sont comme les maillons d'une chaîne
de sens, mais cette chaîne est flottante. Qui pourrait la fixer, lui
donner un signifié sûr ? Le temps peut-être : rassembler des
textes anciens dans un livre nouveau, c'est vouloir interroger le
temps, le solliciter de donner sa réponse aux fragments qui viennent
du passé ; mais le temps est double, temps de l'écriture et du
temps de la mémoire, et cette duplicité appelle à sont tour un
sens suivant : le
temps lui-même est une forme."
Roland Barthes, Essais
critiques, Préface, 1964
"Tempo
è galant'uomo",
Figaro (III, 5)
Consulter également :
http://tempoeroman2013.blogspot.com
http://tempoeroman2012.blogspot.com
http://tempoedes-espoirsgénérationnels.blogspot.com
http://tempoeroman.blogspot.com
http://tempoemythe.blogspot.com
http://tempoestyle.blogspot.com
http://tempoepoesie.blogspot.com
http://tempoetheatre.blogspot.com
http://tempoedialectique.blogspot.com
et bientôt :
http://tempoereconnaissance.blogspot.com
O
O
"La vraie vie c'est la littérature", Marcel Proust
"En lisant, en écrivant", Julien Gracq
"En lisant, en écrivant", Julien Gracq
L'ACCUEIL :
Le fauteuil
de Julien Gracq dans le salon de sa maison à Saint-Florent-le-Vieil
"les
vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la
causerie mais de l'obscurité et du silence"
Marcel
Proust, Le
Temps retrouvé
"La
lecture d'un ouvrage littéraire n'est pas seulement, d'un esprit
dans un autre esprit, le transvasement d'un complexe organisé
d'idées et d'images, ni le travail actif d'un sujet sur une
collection de signes qu'il a à réanimer à sa manière de bout en
bout, c'est aussi, tout au long d'une visite intégralement réglée,
à l'itinéraire de laquelle il n'est nul moyen de changer une
virgule, l'accueil
au lecteur de quelqu'un
: le concepteur et le constructeur, devenu le nu-propriétaire, qui
vous fait du début à la fin les honneurs de son domaine, et de la
compagnie duquel il n'est pas question de se libérer."
Julien
Gracq, En lisant,
en écrivant (p.
168)
L'ACCUEIL
pour une re(co)-naissance de soi et des autres par l'écriture en
palimpseste
"J'ai
écrit pour pouvoir penser"
Joël Pommerat, Théâtres en présence
Joël Pommerat, Théâtres en présence
De
la lecture à l'écriture : l'aventure d'écriture de romans sous la
forme de palimpsestes pour une dé-livr-rance par la lecture et l'écriture au service d'"une
parole plus profonde que la tolérance" selon
le
voeu d'Hannah Arendt et engager des dialogues inter-nautiques
générationnels et intergénérationnels en profondeur, permettre à
chaque lecteur-écrivain en devenir, à partir des expériences de voyages
dans le temps favorisés par la temporalité choisie de la lecture et de
l'écriture,
de "se
trouver"
en créant la musique et le rythme de son propre style : "Le
style, c'est l'homme même".
L'aventure d'écriture romanesque inter-nautique que j'avais engagée avec mes élèves de classes de Secondes et de Premières sur http://recrearte.org en 2006 dans le cadre d'un projet Comenius ne correspondait pas tout à fait à l'objectif que je m'étais fixé d'inscrire cette aventure d'écriture romanesque à l'intersection des axes diachroniques et synchroniques, parce que mes partenaires européens avaient restreint le champ esthétique du notre projet artistique européen qui réunissait les villes de Bruxelles, de Prague et de Madrid à l'art contemporain de la dé-construction du sujet sans mise en perspective diachronique sur l'axe des temps, se privant ainsi de toutes les ressources d'un éclairage des oeuvres contemporaines par celles dites "classiques", d'où le passage aujourd'hui de Correspondances 2006 : Utopia, la ville idéale (de l'urbanisme à l'urbanité) à Correspondances 2014 en "Cercles/Fictions" pour compléter l'expérience par une mise en perspective historique et critique qui permette une véritable entrée en littérature des romanciers inter-nautes en devenir "au centre", "au coeur même du sujet" : de la lecture telle que la conçoit Vladimir Nabokov ainsi qu'il l'explique à ses étudiants à l'écriture d'un roman interactif générationnel adolescent pour "prendre (leur) place [...] / Au centre du cercle" ainsi que le présentateur des Cercles/Fictions de Joël Pommerat (pp. 36-37) invite ses spectateurs à le faire et "apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur - les joies et les difficultés de la création", pour entrer dans leur propre histoire grâce à la stratégie du détour de la fiction dans le cadre d'une temporalité romanesque qui démultiplie le temps et l'espace en se posant depuis ses origines les questions de la continuité et de la discontinuité, de la simultanéité et de la succession d'écritures et de lectures, de réécritures et de relectures par fragmentations et superpositions palimpsestiques d'un temps et d'un espace choisis.
L'aventure d'écriture romanesque inter-nautique que j'avais engagée avec mes élèves de classes de Secondes et de Premières sur http://recrearte.org en 2006 dans le cadre d'un projet Comenius ne correspondait pas tout à fait à l'objectif que je m'étais fixé d'inscrire cette aventure d'écriture romanesque à l'intersection des axes diachroniques et synchroniques, parce que mes partenaires européens avaient restreint le champ esthétique du notre projet artistique européen qui réunissait les villes de Bruxelles, de Prague et de Madrid à l'art contemporain de la dé-construction du sujet sans mise en perspective diachronique sur l'axe des temps, se privant ainsi de toutes les ressources d'un éclairage des oeuvres contemporaines par celles dites "classiques", d'où le passage aujourd'hui de Correspondances 2006 : Utopia, la ville idéale (de l'urbanisme à l'urbanité) à Correspondances 2014 en "Cercles/Fictions" pour compléter l'expérience par une mise en perspective historique et critique qui permette une véritable entrée en littérature des romanciers inter-nautes en devenir "au centre", "au coeur même du sujet" : de la lecture telle que la conçoit Vladimir Nabokov ainsi qu'il l'explique à ses étudiants à l'écriture d'un roman interactif générationnel adolescent pour "prendre (leur) place [...] / Au centre du cercle" ainsi que le présentateur des Cercles/Fictions de Joël Pommerat (pp. 36-37) invite ses spectateurs à le faire et "apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur - les joies et les difficultés de la création", pour entrer dans leur propre histoire grâce à la stratégie du détour de la fiction dans le cadre d'une temporalité romanesque qui démultiplie le temps et l'espace en se posant depuis ses origines les questions de la continuité et de la discontinuité, de la simultanéité et de la succession d'écritures et de lectures, de réécritures et de relectures par fragmentations et superpositions palimpsestiques d'un temps et d'un espace choisis.
"Tempo
è galant'uomo"
Un
roman adolescent interactif du XXIème siècle pour une
"échologie du
temps perdu et retrouvé",
suivant le titre de l'article de Raphaël Enthoven dans le numéro
"Hors
série"
du Journal Le
Monde
en novembre 2013 : "Marcel
Proust - A l'ombre de l'imaginaire"
qui,
paradoxalement, malgré son titre et la référence à Marcel Proust
ne sera ni épistolaire, ni autobiographique, in construit sur le
modèle traditionnel de type balzacien, puisque son esthétique
générationnelle et intergénérationnelle reste à inventer..
"Tout
est dans la forme",
Illusions
perdues de
Balzac
"Le
temps lui-même est une forme",
Roland Barthes
"Toute
écriture est un palimpseste",
Gérard Genette
Viktor
Vasnetsov, Le
chevalier à la croisée des chemins
(1882)
"Tempo
è galant'uomo"
A
la croisée des chemins d'hier et d'aujourd'hui, l'aventure
d'écriture romanesque interactive des romanciers en devenir
internautes à la recherche d'une poétique contemporaine
polyphonique pour une "échologie
du temps perdu et retrouvé"
à partir de leurs lectures de romans "classiques"
et contemporains et des dialogues générationnels et
intergénérationnels qu'elles favorisent, en perspective croisée
avec une réflexion sur leur relation aux arts donnant lieu à une
enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la
communication et des représentations axée sur le décryptage des
signes suivant les voies ouvertes par Marcel Proust dans La
Recherche du temps perdu
et par Roland Barthes dans ses Mythologies
s'inscrit dans une
réflexion/réflection analogique liée au palimpseste de la mémoire, des "Correspondances"
de Baudelaire au
Temps retrouvé
de Marcel Proust
pour des "Théâtres
en présence(s)"
selon le titre de l'essai de Joël Pommerat, auteur également de
Cercles/Fictions qui
présente en illustration de couverture la première partie du
tableau de Viktor Vasnetsov, "Le
Chevalier à la croisée des chemins".
*
"théâtre" au sens étymologique de "lieu où l'on
regarde".
La référence au roman perspectiviste de Proust sera
donc incontournable, avec en écho celle aux Cercles/Fictions
de Joël Pommerat et au "chant des signes" du très
proustien Raphaël Enthoven dans le renouvellement pédagogique de
l'enseignement d'une philosophie qui rend justice au sensible - ce
que Proust appelle une "bande passante de sensibilité"
-- dans sa chronique philosophique télévisuelle sur Arte,
Philosophie, associant texte et image suivant l'invitation
d'Albert Camus : "On
ne pense que par images, si tu veux être philosophe écris des
romans" --
comme à la littérature à travers les liens qu'il tisse entre les
auteurs dans "Les
nouveaux chemins de la connaissance",
ses conférences à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, ses émissions
radiophoniques comme "Un
Eté avec Proust"
et, bien sûr, le Dictionnaire
amoureux de Proust qu'il
vient d'écrire avec son père, Jean-Paul Enthoven :
"Et
puissent les pages qui suivent permettre de comprendre qu'en
s'amusant avec Proust, ou qu'en pensant avec lui, on devient plus
lucides et meilleurs", Jean-Paul Enthoven, Le
Mystère Proust, Avant-Propos de la revue du Monde Hors-Série,
"Une vie, une oeuvre" (novembre 2013-janvier 2014).
"Je
ne sais pas ce que c'est que la vérité romanesque. Il y a une
présence romanesque"
Julien
Gracq, En
lisant, en écrivant (p.61)
"Tout
est signe, et tout signe est message",
Marcel Proust
De
la lecture à l'écriture : la mise en perspective historique
et critique dans le cadre de l'aventure d'écriture du roman
collectif interactif générationnel et intergénérationnel prendra
sa source dans la littérature (Rubrique : De la lecture à l'écriture) avant de donner lieu à
une série d'enquêtes anthropologiques sur la place du sujet dans
l'histoire de la communication et des représentations en vue de la
constitution d'un dossier pré-rédactionnel (Rubrique : Littérature et société).
"La
vraie vie, c'est la littérature" Marcel Proust
En lisant en écrivant, Julien Gracq
En lisant en écrivant, Julien Gracq
*
"littérature" au sens proustien d'"art
vivant" de "décryptage des signes", de
lecture "à rebours", de "marche en sens
contraire" pour un "retour aux profondeurs où ce
qui a existé réellement gît inconnu de nous" cf. Marcel
Proust, Le Temps retrouvé (dans ce sens "littérature"
inclut tous les art, dont la peinture, le théâtre et le cinéma,
bien sûr).
O
O
Pourquoi
écrire ?
« Ecrire,
c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation
indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens,
s'abstient de répondre. »
Roland Barthes, Sur
Racine (préface)
« silence
de l'œuvre qui parle et parole de l'homme qui écoute, tel est le
souffle infini de la littérature dans le monde et dans l'histoire."
Roland
Barthes,
Sur
Racine
(ibid)
"Si
la littérature est essentiellement, comme je le crois, à la fois
un sens posé et un sens déçu, Racine est sans doute le plus
grand écrivain français ; son génie ne serait alors situé
spécialement dans aucune des vertus qui ont fait successivement sa
fortune (car la définition éthique de Racine n'a cessé de varier),
mais plutôt dans un art inégalé de la disponibilité, qui lui
permet de se maintenir dans le champ de n'importe quel langage
critique.
Cette
disponibilité n'est pas une vertu mineure ; elle est bien au
contraire l'être même de la littérature, porté à son paroxysme.
Ecrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une
interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier
suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de
nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté
; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la
réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de
répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés,
puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question
demeure.[…] Mais pour que le jeu s'accomplisse […], il faut que
l'œuvre soit vraiment une forme, qu'elle désigne vraiment un sens
tremblé, et non un sens fermé […] il faut qu'à la duplicité
fatale de l'écrivain, qui interroge sous couvert d'affirmer,
corresponde la duplicité du critique, qui répond sous couvert
d'interroger. […] Allusion et assertion, silence de l'œuvre
qui parle et parole de l'homme qui écoute, tel est le souffle infini
de la littérature dans le monde et dans l'histoire."
Roland Barthes, Sur
Racine (préface)
"Tous
les textes qui sont donnés ici sont comme les maillons d'une chaîne
de sens, mais cette chaîne est flottante. Qui pourrait la fixer, lui
donner un signifié sûr ? Le temps peut-être : rassembler des
textes anciens dans un livre nouveau, c'est vouloir interroger le
temps, le solliciter de donner sa réponse aux fragments qui viennent
du passé ; mais le temps est double, temps de l'écriture et du
temps de la mémoire, et cette duplicité appelle à sont tour un
sens suivant : le temps lui-même est une forme."
Roland Barthes, Essais
critiques, Préface, 1964
O
O
Pourquoi
le roman ?
Des
"chant(s)
de signes"
pour "une
échologie du temps perdu et retrouvé" *
au
service d'une "parole
plus profonde que la tolérance" suivant
le voeu d'Hannah Arendt.
"Je
cherche à rendre l'intensité du temps qui passe,
seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus
essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes,
au plus profond."
Théâtres
en présence,
Joël Pommerat, p.28
Entrer en
littérature sur les pas de Marcel Proust à la suite de Joël
Pommerat et de Raphaël Enthoven, deux grands lecteurs de La
Recherche du temps perdu, c'est entrer dans les
"cercles/fictions"**
de sa propre histoire grâce à la triple temporalité
romanesque du "temps perdu et retrouvé"
*: le temps de lire, d'écrire et de transformer, cad de relire et de
ré-écrire sa propre histoire à partir de ses rencontres dans
l'espace de la fiction comme de la réalité dans une temporalité
choisie pour devenir enfin metteur en scène et dramaturge,
"poète de sa propre vie" au
sens étymologique de créateur où l'entendait Goethe, pour
"apprendre à éprouver un petit
frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion
des personnages du livre, mais les émotions de son auteur. Les joies
et les difficultés de la création"
ainsi que l'expliquait Nabokov à ses étudiants :
"J'ai
essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but
infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but
adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de
s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à
lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art.
J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de
satisfaction artistique, à partager non point une émotion des
personnages du livre, mais les émotions de son auteur – les joies
et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour
des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel
ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."
Vladimir Nabokov
Vladimir Nabokov
* Titre d'un collectif auquel a participé Raphaël
Enthoven.
**
Joël Pommerat, Cercles/Fictions
et Théâtres
en présence.
"Le
style, c'est l'homme même"
"J'ai
toujours été étonné de la méprise qui fait du roman, pour tant
d'écrivains, un instrument de connaissance, de dévoilement ou
d'élucidation (même Proust pensait que sa gloire allait se jouer
sur la découverte de quelques grands lois psychologiques)."
Julien
Gracq, En lisant,
en écrivant (p.
61)
Pas de deux
générationnel et intergénérationnel : du dossier
pré-rédactionnel avec schémas actantiel et narratif à l'écriture
d'un roman.
Exemple de
choix d'un écrivain pour le dialogue initiatique entre le personnage
de romancier en devenir et le personnage-guide :
"Julien
Gracq, le dernier des classiques" ?
Titre du
Magazine littéraire de juin 2007, n°465
Comment écrire ?
« Un classique est un livre qui n’a
jamais fini de dire ce qu’il a à dire »,
Italo Calvino
cf. Rubrique : Style
Pas de deux
générationnel et intergénérationnel : exemple de choix d'un lieu
pour le diptyque sur la description d'un paysage
"Je
ne sais pas ce que c'est que la vérité romanesque. Il y a une
présence romanesque"
Julien
Gracq, En lisant, en
écrivant (p. 61)
O O
"Je
cherche à rendre l'intensité du temps qui passe,
seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus
essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes,
au plus profond."
Théâtres
en présence,
Joël Pommerat, p.28
O O
Pourquoi
le roman ?
Des
"chant(s)
de signes"
pour "une
échologie du temps perdu et retrouvé" *
au
service d'une "parole
plus profonde que la tolérance" suivant
le voeu d'Hannah Arendt.
"Je
cherche à rendre l'intensité du temps qui passe,
seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus
essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes,
au plus profond."
Théâtres
en présence,
Joël Pommerat, p.28
Entrer en
littérature sur les pas de Marcel Proust à la suite de Joël
Pommerat et de Raphaël Enthoven, deux grands lecteurs de La
Recherche du temps perdu, c'est entrer dans les
"cercles/fictions"**
de sa propre histoire grâce à la triple temporalité
romanesque du "temps perdu et retrouvé"
*: le temps de lire, d'écrire et de transformer, cad de relire et de
ré-écrire sa propre histoire à partir de ses rencontres dans
l'espace de la fiction comme de la réalité dans une temporalité
choisie pour devenir enfin metteur en scène et dramaturge,
"poète de sa propre vie" au
sens étymologique de créateur où l'entendait Goethe, pour
"apprendre à éprouver un petit
frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion
des personnages du livre, mais les émotions de son auteur. Les joies
et les difficultés de la création"
ainsi que l'expliquait Nabokov à ses étudiants :
"J'ai
essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but
infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but
adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de
s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à
lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art.
J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de
satisfaction artistique, à partager non point une émotion des
personnages du livre, mais les émotions de son auteur – les joies
et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour
des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel
ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."
Vladimir Nabokov
Vladimir Nabokov
* Titre d'un collectif auquel a participé Raphaël
Enthoven.
**
Joël Pommerat, Cercles/Fictions
et Théâtres
en présence.
O O
Le roman français du XIXème siècle au XXème siècle :
du roman réaliste au roman moderne
"Je
serai Chateaubriand ou rien",
Victor Hugo
"Une
oeuvre où il y a des théorie est comme un objet sur lequel on
laisse la marque du prix",
Marcel Proust
O O
La littérature du double : "Pas de deux"
cf.Théâtre : de Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute à Quelqu'un comme vous de Fabrice Roger-Lacan
au Double (1846) et aux Frères Karamazov (1879-80) de Dostoïevski
O O
Du Horla et Sur l'eau à Pierre et Jean de Maupassant
Du Docteur Faustus de Thomas Mann (1947)
à Demian (1919), au Loup des steppes (1927) à Narcisse et Goldmund (1930) de Hermann HesseDu Docteur Faustus de Thomas Mann (1947)
The Talented Mr. Ripley, Patricia Highsmith
(1955)
(adapté au cinéma : "Plein soleil", film de René Clément (1960) O O
La littérature féminine :
de la courtoisie, à la préciosité au Romantisme
au roman moderne..
Du Réalisme au Nouveau Roman et au féminisme..
de Frankenstein ou Le Prométhée moderne de Mary Shelley (1818)
de la courtoisie, à la préciosité au Romantisme
au roman moderne..
Du Réalisme au Nouveau Roman et au féminisme..
de Frankenstein ou Le Prométhée moderne de Mary Shelley (1818)
aux romans de Jane Austen :
à ceux des soeurs Brontë : Jane Eyre de Charlotte Brontë et Wuthering Heights d'Emily Brontë (1847)
[à Rebecca de Daphne Du Maurier (1938)]
à Mrs Dalloway de Virginia Woolf (1925)
De La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
aux Tropismes de Nathalie Sarraute
à L'Amant, L'Amant de la Chine du Nord, au Barrage contre le Pacifique,
au Ravissement de Lol V Stein, à L'après-midi de Monsieur Andesmas, à Moderato Cantabile et au Vice Consul de Marguerite Duras, aux Samouraïs de Julia Kristeva, à Truismes et Il fait beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq..
des romans et nouvelles de Marie NDiaye
à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck
à suivre..
O O
De La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
aux Tropismes de Nathalie Sarraute
à L'Amant, L'Amant de la Chine du Nord, au Barrage contre le Pacifique,
au Ravissement de Lol V Stein, à L'après-midi de Monsieur Andesmas, à Moderato Cantabile et au Vice Consul de Marguerite Duras, aux Samouraïs de Julia Kristeva, à Truismes et Il fait beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq..
des romans et nouvelles de Marie NDiaye
à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck
à suivre..
O O
Que
sont nos chevaliers devenus ?
Extrait du Lancelot en prose
De Lancelot et Tristan au duc de Nemours, de La Confession d'un enfant du siècle à Adolphe, à Rastignac et à Lucien de Rubempré, Julien Sorel, Rodolphe, Tholomyès et Bel-Ami, aux Faux-Monnayeurs d'André Gide..
.. aux Choses et à La Disparition de Georges Perec, au Ravissement de Lol V Stein, à L'après-midi de Monsieur Andesmas, à Moderato Cantabile et au Vice Consul de Marguerite Duras, au Château d'Argol, à Un beau ténébreux, au Rivage des Syrtes et à Un Balcon en forêt de Julien Gracq..
De La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette aux Samouraïs de Julia Kristeva et à Femmes de Philippe Sollers à La Valse aux adieux, La Plaisanterie et à L'Insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera.. à Truismes et Il fait beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq..
de A room with a view de Edward M Forster (1908) à The Great Gatsby (1925)
à Tess d'Urberville de Thomas Hardy (1891)
à Anna Karénine de Tolstoï (1877)
à Tess d'Urberville de Thomas Hardy (1891)
à Anna Karénine de Tolstoï (1877)
à Sparkenbroke de Charles Morgan (1937)
De Monseigneur Myriel et Jean Valjean dans Les Misérables au Docteur Jivago de Pasternak, à L'Idiot de Dostoïesvski..
De La Divine comédie de Dante à La Comédie humaine de Balzac à Dedalus de Joyce..
De La Recherche du temps perdu de Proust à Mahattan Transfer de Dos Passos (1925)..
de La Bête humaine et La Curée de Zola au Guépard de Giuseppe
Tomasi di Lampedus (1958)
De Nadja d'André Breton (1928) au Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov (1928-1940)
De Moby Dick d'Herman Melville (1851) à Guerre et Paix de Léon Tolstoï (1865-69)
De Nadja d'André Breton (1928) au Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov (1928-1940)
De Moby Dick d'Herman Melville (1851) à Guerre et Paix de Léon Tolstoï (1865-69)
à Under the Volcano (Au-dessous
du volcan) de Malcolm Lowry (1947)
De Vie et destin de Vassili Grossman à Etre sans destin de Imre Kertész (Prix Nobel de Littérature 2002) :
Qu'est-ce qu'une "belle personne" ?
"La beauté doit sauver la monde", Dostoïevski
La beauté, est-ce important pour vous ?
Qu'est-ce que "le beau", suivant quels critères ?
Du héros de roman de chevalerie au
personnage du roman d'apprentissage, à la disparition du personnage
dans le roman moderne, l'enquête continue..
Le "réalisme magique", de Balzac à Dostoïevski.. aux "Cercles/Fictions" de Joël Pommerat
"L'art
consiste à résister par la forme et rien d'autre contre le cours du
monde qui continue de menacer les hommes comme un pistolet appuyé
contre leur poitrine."
Theodor Adorno, Engagement,
Notes sur la littérature (Flammarion, Paris 1984, p. 289)
"Tout
est dans la forme", Balzac, Illusions perdues
"Le
temps lui-même est une forme", Roland Barthes
O O
Où
est passé le temps ? *
"La
vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par
conséquent pleinement vécue, c'est la littérature*"
*
"littérature" au sens proustien d'"art
vivant" de "décryptage des signes", de
lecture "à rebours", de "marche en sens
contraire" pour un "retour aux profondeurs où ce
qui a existé réellement gît inconnu de nous" cf. Marcel
Proust, Le Temps retrouvé (dans ce sens "littérature"
inclut tous les art, dont la peinture, le théâtre et le cinéma,
bien sûr).
"les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l'obscurité et du silence"
Marcel
Proust, Le
Temps retrouvé
"Le
temps lui-même est une forme",
Roland Barthes
Correspondances
2014
L'autre,
un sujet en question
: de cercles-frictions en
"Cercles/Fictions"
pour
une
"échologie du
temps perdu et retrouvé"*
Rappel : un roman adolescent interactif du XXIème siècle pour une
"échologie du
temps perdu et retrouvé",
suivant le titre de l'article de Raphaël Enthoven dans le numéro
"Hors
série"
du Journal Le
Monde
en novembre 2013 : "Marcel
Proust - A l'ombre de l'imaginaire"
qui,
paradoxalement, malgré son titre et la référence à Marcel Proust
ne sera ni épistolaire, ni autobiographique, in construit sur le
modèle traditionnel de type balzacien, puisque son esthétique
générationnelle et intergénérationnelle reste à inventer..
Entreprendre
l'écriture d'un roman collectif interactif générationnel et
intergénérationnel pour apprendre à retrouver le "temps
perdu"
de lire et d'écrire en devenant les romanciers d'une "dé-livrance"
de
l'espace fictionnel de nos lectures d'histoires mises en scène par
d'autres grâce à l'"étincelle
motrice et joyeuse"
d'une écriture créative qui nous rend à nous-même, à notre
imaginaire dans une temporalité choisie pour découvrir "le
vierge, le vivace et le bel aujourd'hui"
du
"temps
retrouvé"
grâce à la magie de l'invention de nos vies par l'écriture, avec
chaque jour une nouvelle page, suivant le devise "Nulla
dies sine linea"
("pas
un jour sans une ligne"),
parce que, selon le sociologue Jean Baudrillard "Les
événements ont dépassé la vitesse du sens" alors
que "La
vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par
conséquent pleinement vécue, c'est la littérature"
ainsi
que le personnage du narrateur, double du romancier dans le roman
autobiographique de Marcel Proust, l'explique dans le dernier volume
de A
La Recherche du temps perdu,
Le
Temps retrouvé :
"cette
vie qui ne peut pas s'"observer", dont les apparences qu'on
observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et
péniblement déchiffrées".
"Ce
travail de l'artiste,
de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience,
sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le
travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons
détourné de nous-même, l'amour-propre, la passion, l'intelligence,
et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent
au-dessus de nos
impressions vraies,
pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts
pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme,
cet art si compliqué est justement
le
seul art vivant.
Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-même notre
propre vie, cette
vie qui ne peut pas s'"observer", dont les apparences qu'on
observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et
péniblement déchiffrées.
Ce travail qu'avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre
esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes,
c'est
ce travail que l'art défera,
c'est la
marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a
existé réellement gît inconnu de nous,
qu'il nous fera suivre."
Marcel
Proust,
Le Temps retrouvé
Palimpseste
en continuels "cercles/fictions"
et "chant(s) de signes"* en
correspondances et coïncidences comme une constellation de fractales
algorithmiques de suites à la fois logiques et magiques déployées
en arborescences étoilées
"comme
une série d'échos ou de reflets qui se répond(ront) et ne se
contrediront qu'en s'approfondissant"*
suivant une ligne mélodique qu'il appartiendra aux différents
comités éditoriaux d'orchestrer à partir de la recherche
collective d'une esthétique et d'une éthique générationelles et
de la mise en place à partir du 15 janvier d'un story-board,
le
roman expérimental de poètes en devenir sur le modèle de La
Recherche du temps perdu
qui serait, ainsi que l'explique Raphaël Enthoven à propos du roman
"cathédrale"
de Marcel Proust, à la fois "le
récit d'un apprentissage et le retour d'un artiste sur les étapes
qui l'ont conduit à la découverte de sa vocation",
devrait trouver sa forme, l'esthétique
générationnelle et intergénérationnelle d'"un
temps retrouvé"
pour la mise en scène par chacun de sa
propre histoire, suivant la voie ouverte par Marcel Proust dans La
Recherche du temps perdu, et celle
aujourd'hui des "nouveaux chemins de la
connaissance" de Raphaël Enthoven et
des "Théâtres en présence"
de Joël Pommerat, deux décrypteurs de signes contemporains qui
s'inscrivent dans la filiation du Temps
retrouvé.
*
Raphaël Enthoven, Echologie
du temps perdu et retrouvé (Le
Monde Hors-Série, "Une
vie, une oeuvre" ,
novembre 2013-janvier 2014).
"Est-ce
d'être à la fois le récit d'un apprentissage et le retour d'un
artiste sur les étapes qui l'ont conduit à la découverte de sa
vocation ?" Le fait est que, non seulement La Recherche se prête
à deux lectures (la première est tournée vers l'avenir, la seconde
est rétrospective), mais surtout (à l'image du dialogue sans mots
qui unit la masse multiforme d'un piano et la ligne directrice d'un
violon), le livre est construit comme une série d'échos ou de
reflets qui se répondent et ne se contredisent qu'en
s'approfondissant."
Raphaël Enthoven, Echologie
du temps perdu et retrouvé, (Le
Monde Hors-Série,
"Une
vie, une oeuvre"
, novembre 2013-janvier 2014).
"J'ai
eu la chance de rencontrer un auteur qui s'appelle Marcel Proust
/.../ : c'est quelqu'un qui voue son existence à la question de
savoir s'il va pouvoir ou pas devenir écrivain, mais c'est en se
posant cette question, en agissant dans le sens de cette question
qu'il fait fonction artistique."
Joël
Pommerat, Entretien avec Christophe Triau, Bpi Pompidou
Joël
Pommerat écrit également dans ses Théâtres
en présence : "J'ai
écrit pour pouvoir penser"
; "il
fallait que je travaille avec des gens avec lesquels je puisse
m'entendre, qui ne me faisaient pas souffrir et que je ne faisais pas
souffrir. Avec lesquels je
partage le sens de la recherche"
; "J'avais
d'abord besoin de gens qui ne seraient pas pressés."
C'est
ce temps pour pouvoir penser par vous-mêmes et pratiquer "cet
art si compliqué (qui) est justement le seul art vivant"
de lecture "à rebours"
au sens de décryptage des signes selon Proust afin de trouver votre
propre "style" en vous essayant à l'écriture que
je souhaite à chacun d'entre vous pour une année qui
s'annonce, je l'espère.. re/ré-créative !
"Le
style, c'est l'homme même"
"Tempo è galant'uomo"
cf. Qui sont Joël Pommerat et Raphaël Enthoven ?
Rubriques : Les personnages, Le schéma actantiel, Le chapitre initiatique
O O
Le « réalisme
magique » de Joël Pommerat A la recherche du temps
perdu
Le
Temps retrouvé d'un
Espace vide pour
des Théâtres en présence ?
"j'aime la vie et c'est pourquoi j'aime tout ce qui a été imprégné par le temps, le temps qui est la forme la plus concrète de notre existence."
Au
Monde,
Joël Pommerat,
La plus jeune
(p.
56)
"Un
monde où les hommes seront vraiment au centre de la vie sur terre.
Un monde qui finira par se débarrasser définitivement et
progressivement des objets matériels. Oui, progressivement, un monde
qui se défera de toute vie...matérielle. Oui, enfin un monde qui
fera de l'homme la seule valeur. Un
monde où l'homme aura enfin vraiment du temps. Enfin du temps à
lui. Un monde où l'homme pourra enfin profiter de la vie."
Au
Monde,
Joël Pommerat,
La plus jeune
(p.
68)
cf.
Cercles/Fictions
(pp.
36-37)
"Quand
je travaille je
cherche à replacer le spectateur dans un temps précis, concret.
Un
temps qui puisse rassembler spectateurs et acteurs dans un lieu
donné.
Un
temps capable de relier
fortement des êtres les uns aux autres,
par exemple : comme un groupe de personnes face à un danger commun.
Et
c'est cela que j'appelle "le rapport au réel" dans mon
travail : la recherche d'un rapport au temps réel, au temps présent,
à l'instant. D'où découle un rapport à l'espace réel qui est
l'espace commun de l'acteur et du spectateur. commun.
Je
cherche à rendre
l'intensité du temps qui passe,
seconde après seconde, comme
aux moments de notre vie les plus essentiels,
pendant une
expérience qui nous confronte à nous-mêmes, au
plus profond.
/.../
Nous
pouvons passer beaucoup de temps en répétition avec les comédiens
à rechercher le poids d'un gestes, le juste poids d'une parole
prononcée.
Ce
que j'appelle le
poids des choses,
c'est
la recherche du rapport le plus direct possible (intime
peut-être)
entre l'acteur et les mots du texte, les silences du texte,
les mouvements et les gestes.
Je
demande aux acteurs d'être concrets, ce qui ne veut pas dire être
explicatifs ou logiques, mais de créer un rapport avec les mots
qu'ils prononcent."
Joël
Pommerat, Théâtres
en présence (p.
28-29)
Coïncidence
entre le temps d'avant le paradis perdu (celui des "illuminations"
et du "vert paradis des amours enfantines" )
et le présent
du "vrai sang"
novarinien
d'une parole-action qui unit auteur, metteur en scène, comédiens et
spectateurs dans
"un cercle complet"*,
un temps originel d'avant le "mal-entendu" et la
séparation (le mythe de la chute originelle : la pomme de la
discorde ou du péché dans L'Iliade et la Genèse), la
méchanceté, la dévoration (symbole du Petit Chaperon rouge)
et les jeux pervers du pouvoir (l'aliénation, l'assujettissement de
l'homme par l'homme par le travail et le langage), un temps où il y
aurait encore de la place pour le jeu des idées et du rêve : "Mais
où sont passées les idées, nom de Dieu ?! Donnez-moi une idée qui
me fasse rêver, nom de Dieu, et vite !...", Joël
Pommerat.
Dans
ce sens, La
Réunification des deux Corées
comme Cendrillon
pourraient se lire de la même manière : une invitation à se
réapproprier le désir de l'intime, de la parole et du jeu pour
renouer avec les émotions premières en-deça du philtre de la
raison, du langage, de sa propre logique et de celle des autres,
afin aussi de devenir capable de penser par nous-mêmes, de nous
défier de "l'objectivité
de ce que l'on a soi-même élaboré",
de "l'oblique
discours intérieur",
une invitation au "temps
retrouvé" par
la remontée en boucle du temps "à
rebours",
que La Fée
de
Sandra dans la Cendrillon
de Joël Pommerat lui rend possible. en lui permettant d'entendre les
vraies paroles de sa mère afin de la délivrer du "malentendu",
("mal"
entendu)
et lui rendre le désir de vivre sa propre histoire au lieu de rester
figée dans le cercle vicieux d'un traumatisme d'enfance figuré par
la montre qu'elle porte au poignet avant sa délivrance de ce cercle
vicieux qui ouvre la voie à tous les abus (la marâtre de Sandra, le
Talzberg de Cécile Volanges dans Erwin
Motor, Dévotion de
Magali Mougel).
cf.
Fiches : La question du langage et des signes, Un
théâtre interactif et "un
cercle complet".
"J'ai
parfois été accusé de vouloir détruire la parole articulée /.../
Cela veut-il dire que nous vivons au temps des images ? Que nous
devons passer par une période de saturation par l'image pour que le
besoin de la parole émerge à nouveau ? C'est tout à fait possible.
Les auteurs d'aujourd'hui semblent incapables de
faire coïncider
idées et images
à travers les mots, avec la
force des élizabéthains."
Peter
Brook, L'Espace
vide (p.
71)
"Tempo è galant'uomo"
O O
"On ne pense que par images, si tu veux être philosophe, écris des romans", Albert Camus
Entretien croisé avec Joël Pommerat et le pédiatre Aldo Naouri aux rubriques :
A
l'Odéon , le 6 décembre 2010, artistes, écrivains et chercheurs
débattaient sur le thème : "Pourquoi faut-il raconter des
histoires ? "
L'un,
Joël Pommerat, est un auteur et metteur en scène parmi les plus
passionnants de la scène française. L'autre, Aldo Naouri, est un
pédiatre, spécialiste des relations interfamiliales. Ensemble,
ils partent à l'assaut de l'imaginaire des contes et de toutes ces
histoires qui aident l'être humain à vivre.
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?
Aldo Naouri : C'est fondamental pour le développement d'un enfant. Les histoires ont cet avantage de faire appel à son imagination, ce qui lui permet de travailler sa perception de la réalité. Et si l'enfant en est à ce point friand, c'est parce qu'elles mettent en scène des échanges qui vont venir solliciter la chose la plus importante pour lui : la gestion de l'angoisse. Les histoires peuvent éventuellement alléger cette angoisse.
Joël Pommerat : Pour le philosophe François Flahault, l'être humain a besoin d'une histoire pour se dire qu'il est en train de faire quelque chose avec l'autre. J'aime cette idée qu'on ne peut pas être comme les animaux, simplement posés l'un à côté de l'autre. Pour moi, la notion d'histoires renvoie aussi au plaisir d'être ensemble.
A. N. : Nous disons les mêmes choses en termes différents. Quand vous soulignez que l'histoire éclaire une relation à l'autre, c'est effectivement cela, la gestion de l'angoisse : je suis abandonné, mais l'autre existe et je peux avoir des échanges avec lui. Là où je mettrais un bémol, c'est qu'être seul, c'est parfois aussi être avec les autres. Devant la télévision, par exemple : l'histoire me parle parce qu'elle met en scène des individus qui, justement, nouent une relation.
J. P. : Vous avez parlé d'angoisse, j'ai parlé de plaisir...
A. N. : Le spectacle produit un plaisir dû à une chute de l'intensité de l'angoisse. Et c'est ainsi quel que soit l'âge, quels que soient les moyens d'expression. C'est pourquoi j'ai une grande admiration pour les metteurs en scène : ils trouvent un moyen de solliciter l'inconnu qu'il y a en moi et ils me le révèlent.
Raconter des histoires est aussi lié à la manipulation. Le spectateur est-il toujours conscient de cette manipulation ?
J. P. : Oui, je pense. Toute ma démarche au théâtre consiste à donner au spectateur la possibilité de voir le jeu qui s'opère entre ce qui serait du côté du réel, même si les choses ne sont jamais aussi tranchées, et ce qui serait du côté de l'imaginaire.
Donc pas de manipulation...
J. P. : Si, je manipule parce que je suis de côté de l'artifice. Mais c'est marqué sur ma carte de visite. Je suis honnête avec le public, qui vient au spectacle en étant prêt à être manipulé. Il se prête au jeu.
A. N. : J'ai été enthousiasmé de savoir que vous montiez ces deux pièces, en particulier Pinocchio [NDLR : avec Le Petit Chaperon rouge]. Parce qu'aujourd'hui ce conte est d'une extraordinaire actualité. Nous sommes tous traités comme des Pinocchio : il faut voir comment l'ensemble des instances auxquelles nous avons affaire fabriquent de l'illusion et nous trompent constamment. Une pièce comme celle-là, à destination des enfants, mais pas seulement, est là pour réveiller la conscience, pour permettre à chacun d'exercer son esprit critique et refuser de se laisser happer par cette sorte d'uniformisation dans laquelle on cherche à nous coincer.
Il y a des époques où certaines histoires sont plus pertinentes que d'autres...
A. N. : Sans doute. Depuis quelques années, nous vivons une sorte d'abattement généralisé. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'on a subi une overdose de manipulations. Un exemple : on voit partout des tricycles poussés par une canne tenue par les parents et sur lesquels sont juchés des enfants portant un casque. Une canne, un casque : voyez jusqu'où est allé le principe de précaution, jusqu'où on distille de la peur pour tout ! J'appelle cela de la manipulation. Même chose pour l'épidémie de grippe. Comment, dans un tel état de panique , pourrions-nous retrouver un état de conscience ? Alors là, Pinocchio vient vous dire : "Ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte."
J. P. : Le Pinocchio de Collodi, celui que j'ai trituré, est un être prisonnier de ses pulsions et de son désir de consommation immédiate. Il m'a fait penser aux enfants d'aujourd'hui : des enfants-tyrans qui sont dans la toute-puissance. C'est en ce sens qu'à un moment donné on peut croiser une histoire avec une réalité contemporaine. La démarche du spectateur face à un acte artistique, c'est de recréer les émotions qu'il subit dans la vie de façon négative. Au théâtre, le plaisir pour les enfants consiste, selon moi, à jouer à avoir peur. Certains pensent qu'il peut être traumatisant pour un enfant d'avoir peur. Je crois, moi, que ce qui est pire, c'est d'avoir peur de la peur.
Peut-on prendre le risque de traumatiser les enfants en leur racontant de telles histoires ?
A. N. : Il faut s'opposer au fonctionnement des enfants, ces individus qui ne travaillent que sur leur registre pulsionnel et leur recherche du plaisir. Si on ne bride jamais ce registre pulsionnel, ils vont entrer dans la toute-puissance et devenir ces enfants-tyrans qui posent tellement de problèmes.
J. P. : Je suis d'accord. Le Petit Chaperon rouge et Pinocchio sont des histoires dans lesquelles il est question de cruauté et de violence, ce que j'ai choisi de ne pas totalement édulcorer. Je provoque non pas pour traumatiser, mais pour réveiller. Il n'est pas horrible de penser que les enfants ont du plaisir devant la représentation d'actes considérés à juste titre, par la société, comme mauvais. Le théâtre est au-delà de la morale. On peut rire à la dévoration de la grand-mère : ce n'est pas le rire d'un meurtrier en puissance, c'est un rire qui dit l'angoisse. L'état de pantin de Pinocchio représente l'état pulsionnel du petit enfant. Or, il faut bien se rendre compte que Pinocchio, dans l'accomplissement de cet état pulsionnel, finit dans la servitude. Montrer que la liberté accordée aux enfants ne les amène pas à dominer le monde mais à être asservis, ce n'est pas très politiquement correct !
A. N. : Le théâtre a une fonction cathartique. Lors d'un spectacle, l'enfant, confronté à la violence, va aller interroger sa pulsion meurtrière, pulsion indissociable de son existence. L'être humain passe sa vie à réprimer ses pulsions en arrondissant les angles.
J. P. : On devrait utiliser ce discours comme argument publicitaire : "Amenez vos enfants pour les confronter à leurs pulsions meurtrières."
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?
Aldo Naouri : C'est fondamental pour le développement d'un enfant. Les histoires ont cet avantage de faire appel à son imagination, ce qui lui permet de travailler sa perception de la réalité. Et si l'enfant en est à ce point friand, c'est parce qu'elles mettent en scène des échanges qui vont venir solliciter la chose la plus importante pour lui : la gestion de l'angoisse. Les histoires peuvent éventuellement alléger cette angoisse.
Joël Pommerat : Pour le philosophe François Flahault, l'être humain a besoin d'une histoire pour se dire qu'il est en train de faire quelque chose avec l'autre. J'aime cette idée qu'on ne peut pas être comme les animaux, simplement posés l'un à côté de l'autre. Pour moi, la notion d'histoires renvoie aussi au plaisir d'être ensemble.
A. N. : Nous disons les mêmes choses en termes différents. Quand vous soulignez que l'histoire éclaire une relation à l'autre, c'est effectivement cela, la gestion de l'angoisse : je suis abandonné, mais l'autre existe et je peux avoir des échanges avec lui. Là où je mettrais un bémol, c'est qu'être seul, c'est parfois aussi être avec les autres. Devant la télévision, par exemple : l'histoire me parle parce qu'elle met en scène des individus qui, justement, nouent une relation.
J. P. : Vous avez parlé d'angoisse, j'ai parlé de plaisir...
A. N. : Le spectacle produit un plaisir dû à une chute de l'intensité de l'angoisse. Et c'est ainsi quel que soit l'âge, quels que soient les moyens d'expression. C'est pourquoi j'ai une grande admiration pour les metteurs en scène : ils trouvent un moyen de solliciter l'inconnu qu'il y a en moi et ils me le révèlent.
Raconter des histoires est aussi lié à la manipulation. Le spectateur est-il toujours conscient de cette manipulation ?
J. P. : Oui, je pense. Toute ma démarche au théâtre consiste à donner au spectateur la possibilité de voir le jeu qui s'opère entre ce qui serait du côté du réel, même si les choses ne sont jamais aussi tranchées, et ce qui serait du côté de l'imaginaire.
Donc pas de manipulation...
J. P. : Si, je manipule parce que je suis de côté de l'artifice. Mais c'est marqué sur ma carte de visite. Je suis honnête avec le public, qui vient au spectacle en étant prêt à être manipulé. Il se prête au jeu.
A. N. : J'ai été enthousiasmé de savoir que vous montiez ces deux pièces, en particulier Pinocchio [NDLR : avec Le Petit Chaperon rouge]. Parce qu'aujourd'hui ce conte est d'une extraordinaire actualité. Nous sommes tous traités comme des Pinocchio : il faut voir comment l'ensemble des instances auxquelles nous avons affaire fabriquent de l'illusion et nous trompent constamment. Une pièce comme celle-là, à destination des enfants, mais pas seulement, est là pour réveiller la conscience, pour permettre à chacun d'exercer son esprit critique et refuser de se laisser happer par cette sorte d'uniformisation dans laquelle on cherche à nous coincer.
Il y a des époques où certaines histoires sont plus pertinentes que d'autres...
A. N. : Sans doute. Depuis quelques années, nous vivons une sorte d'abattement généralisé. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'on a subi une overdose de manipulations. Un exemple : on voit partout des tricycles poussés par une canne tenue par les parents et sur lesquels sont juchés des enfants portant un casque. Une canne, un casque : voyez jusqu'où est allé le principe de précaution, jusqu'où on distille de la peur pour tout ! J'appelle cela de la manipulation. Même chose pour l'épidémie de grippe. Comment, dans un tel état de panique , pourrions-nous retrouver un état de conscience ? Alors là, Pinocchio vient vous dire : "Ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte."
J. P. : Le Pinocchio de Collodi, celui que j'ai trituré, est un être prisonnier de ses pulsions et de son désir de consommation immédiate. Il m'a fait penser aux enfants d'aujourd'hui : des enfants-tyrans qui sont dans la toute-puissance. C'est en ce sens qu'à un moment donné on peut croiser une histoire avec une réalité contemporaine. La démarche du spectateur face à un acte artistique, c'est de recréer les émotions qu'il subit dans la vie de façon négative. Au théâtre, le plaisir pour les enfants consiste, selon moi, à jouer à avoir peur. Certains pensent qu'il peut être traumatisant pour un enfant d'avoir peur. Je crois, moi, que ce qui est pire, c'est d'avoir peur de la peur.
Peut-on prendre le risque de traumatiser les enfants en leur racontant de telles histoires ?
A. N. : Il faut s'opposer au fonctionnement des enfants, ces individus qui ne travaillent que sur leur registre pulsionnel et leur recherche du plaisir. Si on ne bride jamais ce registre pulsionnel, ils vont entrer dans la toute-puissance et devenir ces enfants-tyrans qui posent tellement de problèmes.
J. P. : Je suis d'accord. Le Petit Chaperon rouge et Pinocchio sont des histoires dans lesquelles il est question de cruauté et de violence, ce que j'ai choisi de ne pas totalement édulcorer. Je provoque non pas pour traumatiser, mais pour réveiller. Il n'est pas horrible de penser que les enfants ont du plaisir devant la représentation d'actes considérés à juste titre, par la société, comme mauvais. Le théâtre est au-delà de la morale. On peut rire à la dévoration de la grand-mère : ce n'est pas le rire d'un meurtrier en puissance, c'est un rire qui dit l'angoisse. L'état de pantin de Pinocchio représente l'état pulsionnel du petit enfant. Or, il faut bien se rendre compte que Pinocchio, dans l'accomplissement de cet état pulsionnel, finit dans la servitude. Montrer que la liberté accordée aux enfants ne les amène pas à dominer le monde mais à être asservis, ce n'est pas très politiquement correct !
A. N. : Le théâtre a une fonction cathartique. Lors d'un spectacle, l'enfant, confronté à la violence, va aller interroger sa pulsion meurtrière, pulsion indissociable de son existence. L'être humain passe sa vie à réprimer ses pulsions en arrondissant les angles.
J. P. : On devrait utiliser ce discours comme argument publicitaire : "Amenez vos enfants pour les confronter à leurs pulsions meurtrières."
J.-P. Guilloteau/L'Express
cf. Rubriques :
De la lecture à l'écriture et Le chapitre initiatique
http://tempoemythe.blogspot.com
O
O














