De la lecture à l'écriture

 
Correspondances 2014 : le dossier pré-rédactionnel
Entreprendre l'écriture d'un roman pour apprendre, "en lisant, en écrivant"
Une mise en perspective historique et critique dans le cadre de l'aventure d'écriture d'un roman collectif interactif :
une enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations.
L'autre, un sujet en question : de cercles-frictions en "Cercles/Fictions"
pour une "échologie du temps perdu et retrouvé"

cf. Rubrique
  De l'écriture à la ré-écriture

O

LA FILIATION : pour une école du lecteur et du romancier de sa propre vie, aujourd'hui..

"J'ai essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art. J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur – les joies et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."

Vladimir Nabokov 


Viktor Vasnetsov, Le chevalier à la croisée des chemins (1882)

"J'ai écrit pour pouvoir penser"
Joël Pommerat, Théâtres en présence

 "Tempo è galant'uomo"

O


Romans contemporains : la première phrase.

"En toute chose il faut considérer la fin."  
La Fontaine, "Le Renard et le Bouc"

Le pensez-vous ?

" -- Allez vous garer là-bas, au fond de cette rue paisible, et on va faire un point sur les connaissances mécaniques."

"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps."

"On prend la mer et on atteint un fleuve."

"Je suis plus vieux que mon arrière-grand-père."

"L'enfant a douze semaines, et son souffle vous berce au rythme calme et régulier d'un métronome."

"Il était assis à son bureau, face au mur, la tête dans les mains, penché sur les feuilles de papier à lettres couvertes de son écriture fine, au feutre noir."

"Commencer par sa blessure, commencer par ça – dernier stigmate d'un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire --, une entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté sans succès de se faire décaper la surface à la meule abrasive chez un chirugien esthétique de Tmes Square, trop tard, il la garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler d'où elle vient, de quelle zone/de quelle violence."

"Reçu cet après-midi la visite d'Henri Gisquet."

"Je suis tombé."

"En s'avançant en tête du cortège, Jeanne ressentait une impression étrangement similaire à celle qu'elle avait ressentie le jour de son mariage."

"D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis."

"En dehors du côté spectaculaire de certaines des robes créées par Marie dans le passé – la robe en sorbet, la robe en calycotome et romarin, la robe en gorgone de mer que paraient des colliers d'oursins et des boucles d'oreilles de Vénus --, Marie s'aventurait parfois, en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l'art contemporain."

"Ida se trouvait dans le salon."

" -- Centrale de la police, quelle est votre urgence ?"

"La voix traverse le sommeil, oscille à la surface."

"Aujourd'hui, je ne suis pas allé au Lycée."

"De corps fatigué, avec ses cheveux comme une pelletée de cendre, cinquante-quatre ans, les épaules chargées d'un sac, Courbet enquilla la rue de la Froidière, la barbe ouverte d'un sourire de bel entrain."

" -- Que les gens sont laids ! Soupire Hortense en ajustant les jumelles sur le bout de son nez."

cf. Rubrique "Le style"

 "Le style, c'est l'homme même"  



O O  


Entreprendre l'écriture d'un roman expérimental du XXIème siècle pour apprendre :

 "en lisant, en écrivant"

 "Où est passé le temps" 

Titre d'un collectif auquel Raphaël Enthoven a participé sous la direction de Jean Birnbaum dans la collection folioessais du "Monde"
Devenir romancier, c'est retrouver le palimpseste de la mémoire, passer du "temps perdu" au "temps retrouvé", entrer en littérature, "la vraie vie" au sens sémiotique proustien de décryptage des signes (lecture à rebours), parce que suivant le sociologue Jean Baudrillard "les événements ont dépassé la vitesse du sens", d'où "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." Marcel Proust

« Je ne peins pas l'homme, je peins le passage », Montaigne

 Où est passé le sens  ?

"Les événements ont dépassé la vitesse du sens", Jean Baudrillard

 "Les Inséparables" d'Esther Shalev-Gerz, fabriqué par Jaeger-LeCoultre

"Tout est signe et tout signe est message." Marcel Proust

De l'écriture d'une aventure à l'aventure d'une écriture : au Lycée

  http://tempoecorrespondances2014.blogspot.com

Pensez à consulter également les making of 2013 et 2012 de cette aventure d'écriture en palimpsestes et en arborescence :
http://tempoeroman2013.blogspot.com

Pensez à consulter le making of 2014  du roman polyphonique des romanciers en devenir pré-adolescents :
Magie de la lecture : au Collège
http://tempoecoincidences2014.blogspot.com 
et leur making of 2013 : http://tempoeclipse.blogspot.com

"Amant alterna Camenae", Virgile
("Les Muses aiment les chants alternés")

http://tempoemythe.blogspot.com
 

"Toute écriture est un palimpseste", Gérard Genette

"Tous les textes qui sont donnés ici sont comme les maillons d'une chaîne de sens, mais cette chaîne est flottante. Qui pourrait la fixer, lui donner un signifié sûr ? Le temps peut-être : rassembler des textes anciens dans un livre nouveau, c'est vouloir interroger le temps, le solliciter de donner sa réponse aux fragments qui viennent du passé ; mais le temps est double, temps de l'écriture et du temps de la mémoire, et cette duplicité appelle à sont tour un sens suivant : le temps lui-même est une forme."
Roland Barthes, Essais critiques, Préface, 1964



"Tempo è galant'uomo", Figaro (III, 5)
"La vraie vie c'est la littérature", Marcel Proust
  "En lisant, en écrivant", Julien Gracq
 
L'ACCUEIL :
Le fauteuil de Julien Gracq dans le salon de sa maison à Saint-Florent-le-Vieil

"les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l'obscurité et du silence"
Marcel Proust, Le Temps retrouvé

"La lecture d'un ouvrage littéraire n'est pas seulement, d'un esprit dans un autre esprit, le transvasement d'un complexe organisé d'idées et d'images, ni le travail actif d'un sujet sur une collection de signes qu'il a à réanimer à sa manière de bout en bout, c'est aussi, tout au long d'une visite intégralement réglée, à l'itinéraire de laquelle il n'est nul moyen de changer une virgule, l'accueil au lecteur de quelqu'un : le concepteur et le constructeur, devenu le nu-propriétaire, qui vous fait du début à la fin les honneurs de son domaine, et de la compagnie duquel il n'est pas question de se libérer."  

Julien Gracq, En lisant, en écrivant (p. 168)

L'ACCUEIL pour une re(co)-naissance de soi et des autres par l'écriture en palimpseste

"J'ai écrit pour pouvoir penser"
Joël Pommerat, Théâtres en présence

De la lecture à l'écriture : l'aventure d'écriture de romans sous la forme de palimpsestes pour une dé-livr-rance par la lecture et l'écriture au service d'"une parole plus profonde que la tolérance" selon le voeu d'Hannah Arendt et engager des dialogues inter-nautiques générationnels et intergénérationnels en profondeur, permettre à chaque lecteur-écrivain en devenir, à partir des expériences de voyages dans le temps favorisés par la temporalité choisie de la lecture et de l'écriture, de "se trouver" en créant la musique et le rythme de son propre style : "Le style, c'est l'homme même".

L'aventure d'écriture romanesque inter-nautique que j'avais engagée avec mes élèves de classes de Secondes et de Premières sur http://recrearte.org en 2006 dans le cadre d'un projet Comenius ne correspondait pas tout à fait à l'objectif que je m'étais fixé d'inscrire cette aventure d'écriture romanesque à l'intersection des axes diachroniques et synchroniques, parce que mes partenaires européens avaient restreint le champ esthétique du notre projet artistique européen qui réunissait les villes de Bruxelles, de Prague et de Madrid à l'art contemporain de la dé-construction du sujet sans mise en perspective diachronique sur l'axe des temps, se privant ainsi de toutes les ressources d'un éclairage des oeuvres contemporaines par celles dites "classiques", d'où le passage aujourd'hui de Correspondances 2006 : Utopia, la ville idéale (de l'urbanisme à l'urbanité) à Correspondances 2014 en "Cercles/Fictions" pour compléter l'expérience par une mise en perspective historique et critique qui permette une véritable entrée en littérature des romanciers inter-nautes en devenir "au centre", "au coeur même du sujet" : de la lecture telle que la conçoit Vladimir Nabokov ainsi qu'il l'explique à ses étudiants à l'écriture d'un roman interactif générationnel adolescent pour "prendre (leur) place [...] / Au centre du cercle" ainsi que le présentateur des Cercles/Fictions de Joël Pommerat (pp. 36-37) invite ses spectateurs à le faire et "apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur - les joies et les difficultés de la création", pour entrer dans leur propre histoire grâce à la stratégie du détour de la fiction dans le cadre d'une temporalité romanesque qui démultiplie le temps et l'espace en se posant depuis ses origines les questions de la continuité et de la discontinuité, de la simultanéité et de la succession d'écritures et de lectures, de réécritures et de relectures par fragmentations et superpositions palimpsestiques d'un temps et d'un espace choisis.

"Tempo è galant'uomo"

Un roman adolescent interactif du XXIème siècle pour une "échologie du temps perdu et retrouvé", suivant le titre de l'article de Raphaël Enthoven dans le numéro "Hors série" du Journal Le Monde en novembre 2013 : "Marcel Proust - A l'ombre de l'imaginaire" qui, paradoxalement, malgré son titre et la référence à Marcel Proust ne sera ni épistolaire, ni autobiographique, in construit sur le modèle traditionnel de type balzacien, puisque son esthétique générationnelle et intergénérationnelle reste à inventer..

"Tout est dans la forme", Illusions perdues de Balzac

"Le temps lui-même est une forme", Roland Barthes

"Toute écriture est un palimpseste", Gérard Genette


  
Viktor Vasnetsov, Le chevalier à la croisée des chemins (1882)


 "Tempo è galant'uomo"

A la croisée des chemins d'hier et d'aujourd'hui, l'aventure d'écriture romanesque interactive des romanciers en devenir internautes à la recherche d'une poétique contemporaine polyphonique pour une "échologie du temps perdu et retrouvé" à partir de leurs lectures de romans "classiques" et contemporains et des dialogues générationnels et intergénérationnels qu'elles favorisent, en perspective croisée avec une réflexion sur leur relation aux arts donnant lieu à une enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations axée sur le décryptage des signes suivant les voies ouvertes par Marcel Proust dans La Recherche du temps perdu et par Roland Barthes dans ses Mythologies s'inscrit dans une réflexion/réflection analogique liée au palimpseste de la mémoire, des "Correspondances" de Baudelaire au Temps retrouvé de Marcel Proust pour des "Théâtres en présence(s)" selon le titre de l'essai de Joël Pommerat, auteur également de Cercles/Fictions qui présente en illustration de couverture la première partie du tableau de Viktor Vasnetsov, "Le Chevalier à la croisée des chemins". 

* "théâtre" au sens étymologique de "lieu où l'on regarde".


La référence au roman perspectiviste de Proust sera donc incontournable, avec en écho celle aux Cercles/Fictions de Joël Pommerat et au "chant des signes" du très proustien Raphaël Enthoven dans le renouvellement pédagogique de l'enseignement d'une philosophie qui rend justice au sensible - ce que Proust appelle une "bande passante de sensibilité" -- dans sa chronique philosophique télévisuelle sur Arte, Philosophie, associant texte et image suivant l'invitation d'Albert Camus : "On ne pense que par images, si tu veux être philosophe écris des romans" -- comme à la littérature à travers les liens qu'il tisse entre les auteurs dans "Les nouveaux chemins de la connaissance", ses conférences à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, ses émissions radiophoniques comme "Un Eté avec Proust" et, bien sûr, le Dictionnaire amoureux de Proust qu'il vient d'écrire avec son père, Jean-Paul Enthoven : 
"Et puissent les pages qui suivent permettre de comprendre qu'en s'amusant avec Proust, ou qu'en pensant avec lui, on devient plus lucides et meilleurs", Jean-Paul Enthoven, Le Mystère Proust, Avant-Propos de la revue du Monde Hors-Série, "Une vie, une oeuvre" (novembre 2013-janvier 2014).
 

"Je ne sais pas ce que c'est que la vérité romanesque. Il y a une présence romanesque"
Julien Gracq, En lisant, en écrivant (p.61)
"Tout est signe, et tout signe est message", Marcel Proust




De la lecture à l'écriture : la mise en perspective historique et critique dans le cadre de l'aventure d'écriture du roman collectif interactif générationnel et intergénérationnel prendra sa source dans la littérature (Rubrique : De la lecture à l'écriture)  avant de donner lieu à une série d'enquêtes anthropologiques sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations en vue de la constitution d'un dossier pré-rédactionnel (Rubrique : Littérature et société).

"La vraie vie, c'est la littérature" Marcel Proust 
 En lisant en écrivant, Julien Gracq

* "littérature" au sens proustien d'"art vivant" de "décryptage des signes", de lecture "à rebours", de "marche en sens contraire" pour un "retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous" cf. Marcel Proust, Le Temps retrouvé (dans ce sens "littérature" inclut tous les art, dont la peinture, le théâtre et le cinéma, bien sûr).

O O


Pourquoi écrire ?

« Ecrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. »
Roland Barthes, Sur Racine (préface)


« silence de l'œuvre qui parle et parole de l'homme qui écoute, tel est le souffle infini de la littérature dans le monde et dans l'histoire." Roland Barthes, Sur Racine (ibid)



"Si la littérature est essentiellement, comme je le crois, à la fois un sens posé et un sens déçu, Racine est sans doute le plus grand écrivain français ; son génie ne serait alors situé spécialement dans aucune des vertus qui ont fait successivement sa fortune (car la définition éthique de Racine n'a cessé de varier), mais plutôt dans un art inégalé de la disponibilité, qui lui permet de se maintenir dans le champ de n'importe quel langage critique.

Cette disponibilité n'est pas une vertu mineure ; elle est bien au contraire l'être même de la littérature, porté à son paroxysme. Ecrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure.[…] Mais pour que le jeu s'accomplisse […], il faut que l'œuvre soit vraiment une forme, qu'elle désigne vraiment un sens tremblé, et non un sens fermé […] il faut qu'à la duplicité fatale de l'écrivain, qui interroge sous couvert d'affirmer, corresponde la duplicité du critique, qui répond sous couvert d'interroger. […] Allusion et assertion, silence de l'œuvre qui parle et parole de l'homme qui écoute, tel est le souffle infini de la littérature dans le monde et dans l'histoire."

Roland Barthes, Sur Racine (préface)



"Tous les textes qui sont donnés ici sont comme les maillons d'une chaîne de sens, mais cette chaîne est flottante. Qui pourrait la fixer, lui donner un signifié sûr ? Le temps peut-être : rassembler des textes anciens dans un livre nouveau, c'est vouloir interroger le temps, le solliciter de donner sa réponse aux fragments qui viennent du passé ; mais le temps est double, temps de l'écriture et du temps de la mémoire, et cette duplicité appelle à sont tour un sens suivant : le temps lui-même est une forme."

Roland Barthes, Essais critiques, Préface, 1964 


O



Pourquoi le roman ?

Des "chant(s) de signes" pour "une échologie du temps perdu et retrouvé" *
au service d'une "parole plus profonde que la tolérance" suivant le voeu d'Hannah Arendt.

"Je cherche à rendre l'intensité du temps qui passe, seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes, au plus profond."
Théâtres en présence, Joël Pommerat, p.28

Entrer en littérature sur les pas de Marcel Proust à la suite de Joël Pommerat et de Raphaël Enthoven, deux grands lecteurs de La Recherche du temps perdu, c'est entrer dans les "cercles/fictions"** de sa propre histoire grâce à la triple temporalité romanesque du "temps perdu et retrouvé" *: le temps de lire, d'écrire et de transformer, cad de relire et de ré-écrire sa propre histoire à partir de ses rencontres dans l'espace de la fiction comme de la réalité dans une temporalité choisie pour devenir enfin metteur en scène et dramaturge, "poète de sa propre vie" au sens étymologique de créateur où l'entendait Goethe, pour "apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur. Les joies et les difficultés de la création" ainsi que l'expliquait Nabokov à ses étudiants :

"J'ai essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art. J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur – les joies et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."
Vladimir Nabokov

* Titre d'un collectif auquel a participé Raphaël Enthoven.
** Joël Pommerat, Cercles/Fictions et Théâtres en présence.

"Le style, c'est l'homme même"

"J'ai toujours été étonné de la méprise qui fait du roman, pour tant d'écrivains, un instrument de connaissance, de dévoilement ou d'élucidation (même Proust pensait que sa gloire allait se jouer sur la découverte de quelques grands lois psychologiques)." 

 Julien Gracq, En lisant, en écrivant (p. 61)

Pas de deux générationnel et intergénérationnel : du dossier pré-rédactionnel avec schémas actantiel et narratif à l'écriture d'un roman.
Exemple de choix d'un écrivain pour le dialogue initiatique entre le personnage de romancier en devenir et le personnage-guide : 

"Julien Gracq, le dernier des classiques" ?
Titre du Magazine littéraire de juin 2007, n°465



Comment écrire ?

« Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire », Italo Calvino
cf. Rubrique : Style 

 Pas de deux générationnel et intergénérationnel : exemple de choix d'un lieu pour le diptyque sur la description d'un paysage

"Je ne sais pas ce que c'est que la vérité romanesque. Il y a une présence romanesque"
Julien Gracq, En lisant, en écrivant (p. 61)

"Je cherche à rendre l'intensité du temps qui passe, seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes, au plus profond."
Théâtres en présence, Joël Pommerat, p.28 
 

O O  



Pourquoi le roman ?


Des "chant(s) de signes" pour "une échologie du temps perdu et retrouvé" *
au service d'une "parole plus profonde que la tolérance" suivant le voeu d'Hannah Arendt.

"Je cherche à rendre l'intensité du temps qui passe, seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes, au plus profond."
Théâtres en présence, Joël Pommerat, p.28

Entrer en littérature sur les pas de Marcel Proust à la suite de Joël Pommerat et de Raphaël Enthoven, deux grands lecteurs de La Recherche du temps perdu, c'est entrer dans les "cercles/fictions"** de sa propre histoire grâce à la triple temporalité romanesque du "temps perdu et retrouvé" *: le temps de lire, d'écrire et de transformer, cad de relire et de ré-écrire sa propre histoire à partir de ses rencontres dans l'espace de la fiction comme de la réalité dans une temporalité choisie pour devenir enfin metteur en scène et dramaturge, "poète de sa propre vie" au sens étymologique de créateur où l'entendait Goethe, pour "apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur. Les joies et les difficultés de la création" ainsi que l'expliquait Nabokov à ses étudiants :

"J'ai essayé de faire de vous de bons lecteurs, qui lisent non dans le but infantile de s'identifier aux personnages du livre, ni dans le but adolescent d'apprendre à vivre, ni dans le but académique de s'adonner aux généralisations. J'ai essayé de vous apprendre à lire les livres pour leur forme, pour leurs visions, pour leur art. J'ai essayé de vous apprendre à éprouver un petit frisson de satisfaction artistique, à partager non point une émotion des personnages du livre, mais les émotions de son auteur les joies et les difficultés de la création. Nous n'avons pas glosé autour des livres, à propos des livres, nous sommes allés au centre de tel ou tel chef-d'oeuvre, au coeur même du sujet."
Vladimir Nabokov

* Titre d'un collectif auquel a participé Raphaël Enthoven.
** Joël Pommerat, Cercles/Fictions et Théâtres en présence.


O O  


Le roman français du XIXème siècle au XXème siècle : 
 du roman réaliste au roman moderne



"Je serai Chateaubriand ou rien", Victor Hugo















"Une oeuvre où il y a des théorie est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix", Marcel Proust


O O  


La littérature du double : "Pas de deux"

cf.Théâtre : de Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute à Quelqu'un comme vous de Fabrice Roger-Lacan


Du Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde (1890)
 au Double (1846) et aux Frères Karamazov (1879-80) de Dostoïevski

Du Horla et Sur l'eau à Pierre et Jean de Maupassant

 Du Docteur Faustus de Thomas Mann (1947)
à Demian (1919), au Loup des steppes (1927) à Narcisse et Goldmund (1930) de Hermann Hesse

The Talented Mr. Ripley, Patricia Highsmith (1955)
(adapté au cinéma :  "Plein soleil", film de René Clément (1960)


O O  


La littérature féminine : 
de la courtoisie, à la préciosité au Romantisme
au roman moderne..
Du Réalisme au Nouveau Roman et au féminisme..


de Frankenstein ou Le Prométhée moderne de Mary Shelley (1818)

aux romans de Jane Austen : 
à ceux des soeurs Brontë : Jane Eyre de Charlotte Brontë et  Wuthering Heights d'Emily Brontë (1847)
Rebecca de Daphne Du Maurier (1938)]

 à Mrs Dalloway de Virginia Woolf (1925)

De La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette 
aux Tropismes de Nathalie Sarraute
à L'Amant, L'Amant de la Chine du Nord, au Barrage contre le Pacifique,
au Ravissement de Lol V Stein, à L'après-midi de Monsieur Andesmas, à Moderato Cantabile et au Vice Consul de Marguerite Duras, aux Samouraïs de Julia Kristeva, à Truismes et Il fait beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq..

des romans et nouvelles de Marie NDiaye
à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck

à suivre..


O


Que sont nos chevaliers devenus ?


Extrait du Lancelot en prose

De Lancelot et Tristan au duc de Nemours,  de La Confession d'un enfant du siècle à Adolphe, à Rastignac et à Lucien de Rubempré, Julien Sorel, Rodolphe, Tholomyès et Bel-Ami, aux Faux-Monnayeurs d'André Gide..

..  aux Choses et à La Disparition de Georges Perec, au Ravissement de Lol V Stein, à L'après-midi de Monsieur Andesmas, à Moderato Cantabile et au Vice Consul de Marguerite Duras, au Château d'Argol, à Un beau ténébreux, au Rivage des Syrtes et à Un Balcon en forêt de Julien Gracq.. 

De La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette aux Samouraïs de Julia Kristeva et à Femmes de Philippe Sollers à La Valse aux adieuxLa Plaisanterie et à L'Insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera.. à Truismes et Il fait beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq..


de A room with a view de Edward M Forster (1908) à  The Great Gatsby (1925)
à Tess d'Urberville de Thomas Hardy  (1891)
à Anna Karénine de Tolstoï (1877)
à Sparkenbroke de Charles Morgan (1937)

De Monseigneur Myriel et Jean Valjean dans Les Misérables au Docteur Jivago de Pasternak, à L'Idiot de Dostoïesvski..

De La Divine comédie de Dante à La Comédie humaine de Balzac à Dedalus de Joyce..

De La Recherche du temps perdu de Proust à Mahattan Transfer de Dos Passos (1925)..

de La Bête humaine et La Curée de Zola au  Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedus (1958)

De Nadja d'André Breton (1928) au Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov (1928-1940)

De Moby Dick d'Herman Melville (1851) à Guerre et Paix de Léon Tolstoï (1865-69)
à Under the Volcano (Au-dessous du volcan) de Malcolm Lowry (1947)

De Vie et destin de Vassili Grossman à Etre sans destin de Imre Kertész (Prix Nobel de Littérature 2002) :


Qu'est-ce qu'une "belle personne" ?

"La beauté doit sauver la monde", Dostoïevski

La beauté, est-ce important pour vous ?
 Qu'est-ce que "le beau", suivant quels critères ?

Du héros de roman de chevalerie au personnage du roman d'apprentissage, à la disparition du personnage dans le roman moderne, l'enquête continue..

 Le "réalisme magique", de Balzac à Dostoïevski.. aux "Cercles/Fictions" de Joël Pommerat


"L'art consiste à résister par la forme et rien d'autre contre le cours du monde qui continue de menacer les hommes comme un pistolet appuyé contre leur poitrine."
Theodor Adorno, Engagement, Notes sur la littérature (Flammarion, Paris 1984, p. 289)


"Tout est dans la forme", Balzac, Illusions perdues

"Le temps lui-même est une forme", Roland Barthes


O O  

Où est passé le temps ? *

"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature*"
 
* "littérature" au sens proustien d'"art vivant" de "décryptage des signes", de lecture "à rebours", de "marche en sens contraire" pour un "retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous" cf. Marcel Proust, Le Temps retrouvé (dans ce sens "littérature" inclut tous les art, dont la peinture, le théâtre et le cinéma, bien sûr).



 
"les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l'obscurité et du silence"
Marcel Proust, Le Temps retrouvé

"Le temps lui-même est une forme", Roland Barthes

Correspondances 2014
L'autre, un sujet en question : de cercles-frictions en "Cercles/Fictions"
pour une "échologie du temps perdu et retrouvé"*

Rappel : un roman adolescent interactif du XXIème siècle pour une "échologie du temps perdu et retrouvé", suivant le titre de l'article de Raphaël Enthoven dans le numéro "Hors série" du Journal Le Monde en novembre 2013 : "Marcel Proust - A l'ombre de l'imaginaire" qui, paradoxalement, malgré son titre et la référence à Marcel Proust ne sera ni épistolaire, ni autobiographique, in construit sur le modèle traditionnel de type balzacien, puisque son esthétique générationnelle et intergénérationnelle reste à inventer..

Entreprendre l'écriture d'un roman collectif interactif générationnel et intergénérationnel pour apprendre à retrouver le "temps perdu" de lire et d'écrire en devenant les romanciers d'une "dé-livrance" de l'espace fictionnel de nos lectures d'histoires mises en scène par d'autres grâce à l'"étincelle motrice et joyeuse" d'une écriture créative qui nous rend à nous-même, à notre imaginaire dans une temporalité choisie pour découvrir "le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui" du "temps retrouvé" grâce à la magie de l'invention de nos vies par l'écriture, avec chaque jour une nouvelle page, suivant le devise "Nulla dies sine linea" ("pas un jour sans une ligne"), parce que, selon le sociologue Jean Baudrillard "Les événements ont dépassé la vitesse du sens" alors que "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature" ainsi que le personnage du narrateur, double du romancier dans le roman autobiographique de Marcel Proust, l'explique dans le dernier volume de A La Recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé : "cette vie qui ne peut pas s'"observer", dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées".

"Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-même, l'amour-propre, la passion, l'intelligence, et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s'"observer", dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu'avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu'il nous fera suivre."
Marcel Proust, Le Temps retrouvé


Palimpseste en continuels "cercles/fictions" et "chant(s) de signes"* en correspondances et coïncidences comme une constellation de fractales algorithmiques de suites à la fois logiques et magiques déployées en arborescences étoilées "comme une série d'échos ou de reflets qui se répond(ront) et ne se contrediront qu'en s'approfondissant"* suivant une ligne mélodique qu'il appartiendra aux différents comités éditoriaux d'orchestrer à partir de la recherche collective d'une esthétique et d'une éthique générationelles et de la mise en place à partir du 15 janvier d'un story-board, le roman expérimental de poètes en devenir sur le modèle de La Recherche du temps perdu qui serait, ainsi que l'explique Raphaël Enthoven à propos du roman "cathédrale" de Marcel Proust, à la fois "le récit d'un apprentissage et le retour d'un artiste sur les étapes qui l'ont conduit à la découverte de sa vocation", devrait trouver sa forme, l'esthétique générationnelle et intergénérationnelle d'"un temps retrouvé" pour la mise en scène par chacun de sa propre histoire, suivant la voie ouverte par Marcel Proust dans La Recherche du temps perdu, et celle aujourd'hui des "nouveaux chemins de la connaissance" de Raphaël Enthoven et des "Théâtres en présence" de Joël Pommerat, deux décrypteurs de signes contemporains qui s'inscrivent dans la filiation du Temps retrouvé.

* Raphaël Enthoven, Echologie du temps perdu et retrouvé (Le Monde Hors-Série, "Une vie, une oeuvre" , novembre 2013-janvier 2014).

 "Est-ce d'être à la fois le récit d'un apprentissage et le retour d'un artiste sur les étapes qui l'ont conduit à la découverte de sa vocation ?" Le fait est que, non seulement La Recherche se prête à deux lectures (la première est tournée vers l'avenir, la seconde est rétrospective), mais surtout (à l'image du dialogue sans mots qui unit la masse multiforme d'un piano et la ligne directrice d'un violon), le livre est construit comme une série d'échos ou de reflets qui se répondent et ne se contredisent qu'en s'approfondissant." Raphaël Enthoven, Echologie du temps perdu et retrouvé, (Le Monde Hors-Série, "Une vie, une oeuvre" , novembre 2013-janvier 2014).

 "J'ai eu la chance de rencontrer un auteur qui s'appelle Marcel Proust /.../ : c'est quelqu'un qui voue son existence à la question de savoir s'il va pouvoir ou pas devenir écrivain, mais c'est en se posant cette question, en agissant dans le sens de cette question qu'il fait fonction artistique." 
 Joël Pommerat, Entretien avec Christophe Triau, Bpi Pompidou


Joël Pommerat écrit également dans ses Théâtres en présence : "J'ai écrit pour pouvoir penser" ; "il fallait que je travaille avec des gens avec lesquels je puisse m'entendre, qui ne me faisaient pas souffrir et que je ne faisais pas souffrir. Avec lesquels je partage le sens de la recherche" ; "J'avais d'abord besoin de gens qui ne seraient pas pressés."

C'est ce temps pour pouvoir penser par vous-mêmes et pratiquer "cet art si compliqué (qui) est justement le seul art vivant" de lecture "à rebours" au sens de décryptage des signes selon Proust afin de trouver votre propre "style" en vous essayant à l'écriture que je souhaite à chacun d'entre vous pour une année qui s'annonce, je l'espère.. re/ré-créative !

"Le style, c'est l'homme même"

 "Tempo è galant'uomo"

cf. Qui sont Joël Pommerat et Raphaël Enthoven ?

Rubriques : Les personnages, Le schéma actantiel, Le chapitre initiatique


O O



Le « réalisme magique » de Joël Pommerat A la recherche du temps perdu 



Le Temps retrouvé d'un Espace vide pour des Théâtres en présence  ?




"j'aime la vie et c'est pourquoi j'aime tout ce qui a été imprégné par le temps, le temps qui est la forme la plus concrète de notre existence."
Au Monde, Joël Pommerat, La plus jeune (p. 56)

"Un monde où les hommes seront vraiment au centre de la vie sur terre. Un monde qui finira par se débarrasser définitivement et progressivement des objets matériels. Oui, progressivement, un monde qui se défera de toute vie...matérielle. Oui, enfin un monde qui fera de l'homme la seule valeur. Un monde où l'homme aura enfin vraiment du temps. Enfin du temps à lui. Un monde où l'homme pourra enfin profiter de la vie."
Au Monde, Joël Pommerat, La plus jeune (p. 68)
cf. Cercles/Fictions (pp. 36-37)

"Quand je travaille je cherche à replacer le spectateur dans un temps précis, concret.
Un temps qui puisse rassembler spectateurs et acteurs dans un lieu donné.
Un temps capable de relier fortement des êtres les uns aux autres, par exemple : comme un groupe de personnes face à un danger commun.
Et c'est cela que j'appelle "le rapport au réel" dans mon travail : la recherche d'un rapport au temps réel, au temps présent, à l'instant. D'où découle un rapport à l'espace réel qui est l'espace commun de l'acteur et du spectateur. commun.
Je cherche à rendre l'intensité du temps qui passe, seconde après seconde, comme aux moments de notre vie les plus essentiels, pendant une expérience qui nous confronte à nous-mêmes, au plus profond. /.../
Nous pouvons passer beaucoup de temps en répétition avec les comédiens à rechercher le poids d'un gestes, le juste poids d'une parole prononcée.
Ce que j'appelle le poids des choses, c'est la recherche du rapport le plus direct possible (intime peut-être) entre l'acteur et les mots du texte, les silences du texte, les mouvements et les gestes.
Je demande aux acteurs d'être concrets, ce qui ne veut pas dire être explicatifs ou logiques, mais de créer un rapport avec les mots qu'ils prononcent."
Joël Pommerat, Théâtres en présence (p. 28-29)

Coïncidence entre le temps d'avant le paradis perdu (celui des "illuminations" et du "vert paradis des amours enfantines" ) et le présent du "vrai sang" novarinien d'une parole-action qui unit auteur, metteur en scène, comédiens et spectateurs dans "un cercle complet"*, un temps originel d'avant le "mal-entendu" et la séparation (le mythe de la chute originelle : la pomme de la discorde ou du péché dans L'Iliade et la Genèse), la méchanceté, la dévoration (symbole du Petit Chaperon rouge) et les jeux pervers du pouvoir (l'aliénation, l'assujettissement de l'homme par l'homme par le travail et le langage), un temps où il y aurait encore de la place pour le jeu des idées et du rêve : "Mais où sont passées les idées, nom de Dieu ?! Donnez-moi une idée qui me fasse rêver, nom de Dieu, et vite !...", Joël Pommerat.

Dans ce sens, La Réunification des deux Corées comme Cendrillon pourraient se lire de la même manière : une invitation à se réapproprier le désir de l'intime, de la parole et du jeu pour renouer avec les émotions premières en-deça du philtre de la raison, du langage, de sa propre logique et de celle des autres, afin aussi de devenir capable de penser par nous-mêmes, de nous défier de "l'objectivité de ce que l'on a soi-même élaboré", de "l'oblique discours intérieur", une invitation au "temps retrouvé" par la remontée en boucle du temps "à rebours", que La Fée de Sandra dans la Cendrillon de Joël Pommerat lui rend possible. en lui permettant d'entendre les vraies paroles de sa mère afin de la délivrer du "malentendu", ("mal" entendu) et lui rendre le désir de vivre sa propre histoire au lieu de rester figée dans le cercle vicieux d'un traumatisme d'enfance figuré par la montre qu'elle porte au poignet avant sa délivrance de ce cercle vicieux qui ouvre la voie à tous les abus (la marâtre de Sandra, le Talzberg de Cécile Volanges dans Erwin Motor, Dévotion de Magali Mougel).
cf. Fiches : La question du langage et des signes, Un théâtre interactif et "un cercle complet".


"J'ai parfois été accusé de vouloir détruire la parole articulée /.../ Cela veut-il dire que nous vivons au temps des images ? Que nous devons passer par une période de saturation par l'image pour que le besoin de la parole émerge à nouveau ? C'est tout à fait possible. Les auteurs d'aujourd'hui semblent incapables de faire coïncider idées et images à travers les mots, avec la force des élizabéthains." Peter Brook, L'Espace vide (p. 71)


 "Tempo è galant'uomo"


O O

 
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?

Cendrillon de Joël Pommerat

"On ne pense que par images, si tu veux être philosophe, écris des romans", Albert Camus


Entretien croisé avec Joël Pommerat et le pédiatre Aldo Naouri aux rubriques :  
A l'Odéon , le 6 décembre 2010, artistes, écrivains et chercheurs débattaient sur le thème : "Pourquoi faut-il raconter des histoires ? "

L'Express a posé la question au dramaturge metteur en scène Joël Pommerat et au pédiatre Aldo Naouri :


L'un, Joël Pommerat, est un auteur et metteur en scène parmi les plus passionnants de la scène française. L'autre, Aldo Naouri, est un pédiatre, spécialiste des relations interfamiliales. Ensemble, ils partent à l'assaut de l'imaginaire des contes et de toutes ces histoires qui aident l'être humain à vivre. 
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?
Aldo Naouri : C'est fondamental pour le développement d'un enfant. Les histoires ont cet avantage de faire appel à son imagination, ce qui lui permet de travailler sa perception de la réalité. Et si l'enfant en est à ce point friand, c'est parce qu'elles mettent en scène des échanges qui vont venir solliciter la chose la plus importante pour lui : la gestion de l'angoisse. Les histoires peuvent éventuellement alléger cette angoisse. 
Joël Pommerat : Pour le philosophe François Flahault, l'être humain a besoin d'une histoire pour se dire qu'il est en train de faire quelque chose avec l'autre. J'aime cette idée qu'on ne peut pas être comme les animaux, simplement posés l'un à côté de l'autre. Pour moi, la notion d'histoires renvoie aussi au plaisir d'être ensemble. 
A. N. : Nous disons les mêmes choses en termes différents. Quand vous soulignez que l'histoire éclaire une relation à l'autre, c'est effectivement cela, la gestion de l'angoisse : je suis abandonné, mais l'autre existe et je peux avoir des échanges avec lui. Là où je mettrais un bémol, c'est qu'être seul, c'est parfois aussi être avec les autres. Devant la télévision, par exemple : l'histoire me parle parce qu'elle met en scène des individus qui, justement, nouent une relation. 
J. P. : Vous avez parlé d'angoisse, j'ai parlé de plaisir... 
A. N. : Le spectacle produit un plaisir dû à une chute de l'intensité de l'angoisse. Et c'est ainsi quel que soit l'âge, quels que soient les moyens d'expression. C'est pourquoi j'ai une grande admiration pour les metteurs en scène : ils trouvent un moyen de solliciter l'inconnu qu'il y a en moi et ils me le révèlent. 
Raconter des histoires est aussi lié à la manipulation. Le spectateur est-il toujours conscient de cette manipulation ?
J. P. : Oui, je pense. Toute ma démarche au théâtre consiste à donner au spectateur la possibilité de voir le jeu qui s'opère entre ce qui serait du côté du réel, même si les choses ne sont jamais aussi tranchées, et ce qui serait du côté de l'imaginaire. 
Donc pas de manipulation...
J. P. : Si, je manipule parce que je suis de côté de l'artifice. Mais c'est marqué sur ma carte de visite. Je suis honnête avec le public, qui vient au spectacle en étant prêt à être manipulé. Il se prête au jeu. 
A. N. : J'ai été enthousiasmé de savoir que vous montiez ces deux pièces, en particulier Pinocchio [NDLR : avec Le Petit Chaperon rouge]. Parce qu'aujourd'hui ce conte est d'une extraordinaire actualité. Nous sommes tous traités comme des Pinocchio : il faut voir comment l'ensemble des instances auxquelles nous avons affaire fabriquent de l'illusion et nous trompent constamment. Une pièce comme celle-là, à destination des enfants, mais pas seulement, est là pour réveiller la conscience, pour permettre à chacun d'exercer son esprit critique et refuser de se laisser happer par cette sorte d'uniformisation dans laquelle on cherche à nous coincer. 
Il y a des époques où certaines histoires sont plus pertinentes que d'autres...
A. N. : Sans doute. Depuis quelques années, nous vivons une sorte d'abattement généralisé. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'on a subi une overdose de manipulations. Un exemple : on voit partout des tricycles poussés par une canne tenue par les parents et sur lesquels sont juchés des enfants portant un casque. Une canne, un casque : voyez jusqu'où est allé le principe de précaution, jusqu'où on distille de la peur pour tout ! J'appelle cela de la manipulation. Même chose pour l'épidémie de grippe. Comment, dans un tel état de panique , pourrions-nous retrouver un état de conscience ? Alors là, Pinocchio vient vous dire : "Ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte." 
J. P. : Le Pinocchio de Collodi, celui que j'ai trituré, est un être prisonnier de ses pulsions et de son désir de consommation immédiate. Il m'a fait penser aux enfants d'aujourd'hui : des enfants-tyrans qui sont dans la toute-puissance. C'est en ce sens qu'à un moment donné on peut croiser une histoire avec une réalité contemporaine. La démarche du spectateur face à un acte artistique, c'est de recréer les émotions qu'il subit dans la vie de façon négative. Au théâtre, le plaisir pour les enfants consiste, selon moi, à jouer à avoir peur. Certains pensent qu'il peut être traumatisant pour un enfant d'avoir peur. Je crois, moi, que ce qui est pire, c'est d'avoir peur de la peur. 
Peut-on prendre le risque de traumatiser les enfants en leur racontant de telles histoires ?
A. N. : Il faut s'opposer au fonctionnement des enfants, ces individus qui ne travaillent que sur leur registre pulsionnel et leur recherche du plaisir. Si on ne bride jamais ce registre pulsionnel, ils vont entrer dans la toute-puissance et devenir ces enfants-tyrans qui posent tellement de problèmes. 
J. P. : Je suis d'accord. Le Petit Chaperon rouge et Pinocchio sont des histoires dans lesquelles il est question de cruauté et de violence, ce que j'ai choisi de ne pas totalement édulcorer. Je provoque non pas pour traumatiser, mais pour réveiller. Il n'est pas horrible de penser que les enfants ont du plaisir devant la représentation d'actes considérés à juste titre, par la société, comme mauvais. Le théâtre est au-delà de la morale. On peut rire à la dévoration de la grand-mère : ce n'est pas le rire d'un meurtrier en puissance, c'est un rire qui dit l'angoisse. L'état de pantin de Pinocchio représente l'état pulsionnel du petit enfant. Or, il faut bien se rendre compte que Pinocchio, dans l'accomplissement de cet état pulsionnel, finit dans la servitude. Montrer que la liberté accordée aux enfants ne les amène pas à dominer le monde mais à être asservis, ce n'est pas très politiquement correct ! 
A. N. : Le théâtre a une fonction cathartique. Lors d'un spectacle, l'enfant, confronté à la violence, va aller interroger sa pulsion meurtrière, pulsion indissociable de son existence. L'être humain passe sa vie à réprimer ses pulsions en arrondissant les angles. 
J. P. : On devrait utiliser ce discours comme argument publicitaire : "Amenez vos enfants pour les confronter à leurs pulsions meurtrières." 
J.-P. Guilloteau/L'Express

cf. Rubriques :

De la lecture à l'écriture et Le chapitre initiatique

http://tempoemythe.blogspot.com 
 

O O