"Agis de
telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien en toi qu'en
autrui, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen."
Emmanuel Kant
O + O = O +
Correspondances 2014 : le dossier pré-rédactionnel
Entreprendre l'écriture d'un roman pour apprendre, "en lisant, en écrivant"
Une
mise en perspective historique et critique dans le cadre de
l'aventure d'écriture d'un roman collectif interactif :
une
enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la
communication et des représentations.
L'autre,
un sujet en question
: de cercles-frictions en
"Cercles/Fictions"
pour
une "échologie du
temps perdu et retrouvé"
Viktor
Vasnetsov, Le
chevalier à la croisée des chemins
(1882)
"Tempo
è galant'uomo"
Les chapitres de cette odyssée inter-nautique polyphonique expérimentale seront au mis en ligne sur la page d'accueil au fil des propositions des romanciers en devenir dès la fin du mois de janvier 2014..
cf. Rubrique "Le chapitre initiatique"
cf. Rubrique "Le chapitre initiatique"
O O
LITTERATURE ET
SOCIETE : le dossier
pré-rédactionnel
Vos recherches sous la forme d'enquêtes
générationnelles et intergénérationnelles pourront nourrir votre
inspiration sur le modèle de celle menée par Balzac au XIXème
siècle sur les voies opposées du journalisme et de la littérature
dans Illusions perdues que vous trouverez à l'article suivant, sans toutefois perdre de vue que ce
roman polyphonique interactif du XXIème siècle ne saurait en aucun
cas être un roman didactique, suivant la règle d'or du roman social
énoncée par Proust dans cette formule lapidaire : "Une
oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on
laisse la marque du prix."
Les romanciers du social ouvrent
la voie au roman moderne, voire post-moderne : n'oubliez pas pour
autant que les romans d'apprentissage du XIXème siècle étudiés
en classe de 2de peuvent représenter pour vous une une rampe de
lancement. Ils ne doivent en aucun cas devenir un carcan. Votre quête d'une
esthétique générationnelle et intergénérationnelle ne saurait en
rester là aujourd'hui..
Littérature
et société :
un état des lieux générationnel
et
intergénérationnel
à
partir de questionnaires, d'entretiens et de bilans présentés sous
forme de comptes-rendus présentés par les équipes éditoriales.
Rappel : la
mise en perspective historique et critique dans le cadre de
l'aventure d'écriture du roman collectif interactif générationnel
et intergénérationnel prendra sa source dans la littérature*
littéraire avant de donner lieu à une série d'enquêtes
anthropologiques sur la place du sujet dans l'histoire de la
communication et des représentations en vue de la constitution d'un
dossier pré-rédactionnel.
*
"littérature" au sens proustien d'"art
vivant" de "décryptage des signes", de
lecture "à rebours", de "marche en sens
contraire" pour un "retour aux profondeurs où ce
qui a existé réellement gît inconnu de nous" cf. Marcel
Proust, Le Temps retrouvé (danc ce sens "littérature"
inclut tous les art, dont la peinture, le théâtre et le cinéma,
bien sûr).
"C'est
l'époque qui lit à travers moi", Roger Planchon
A
la croisée des chemins d'hier et d'aujourd'hui, l'aventure
d'écriture romanesque interactive des romanciers en devenir
internautes à la recherche d'une poétique contemporaine
polyphonique pour une "échologie
du temps perdu et retrouvé"
à partir de leurs lectures de romans "classiques"
et contemporains et des dialogues générationnels et
intergénérationnels qu'elles favorisent, en perspective croisée
avec une réflexion sur leur relation aux arts donne lieu à une
enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la
communication et des représentations axée sur le décryptage des
signes suivant les voies ouvertes par Marcel Proust dans La
Recherche du temps perdu
et par Roland Barthes dans ses Mythologies
pour s'inscrire dans une
réflexion/réflection analogique liée au palimpseste de la mémoire
, des "Correspondances"
de Baudelaire au
Temps retrouvé
de Marcel Proust
pour des "Théâtres*
en présence(s)"
selon le titre de l'essai de Joël Pommerat, auteur également de
Cercles/Fictions.
"Le
théâtre est un champ de forces,
très petit, mais où se joue toujours toute l'histoire de la
société, et qui, malgré son exiguïté, sert de modèle à la vie
ds gens.",
AntoineVitez (metteur en scène)
*
"théâtre"
étant pris au sens étymologique de "lieu où l'on
regarde".
"Tout
est signe, et tout signe est message",
Marcel Proust
-- Quelle(s)
réussites pour demain ? Au nom de quelles valeurs ?
Qu'en
est-il aujourd'hui des leçons de cynisme de Madame de Beauséant à
Rastignac dans Le Père Goriot ?
Une enquête
anthropologique sur la place du sujet dans l'hsitoire des
représentations à partir d'une recherche sur le registre
épidictique des romans d'apprentissage du XIXème siècle (cf.
l'énonciation, les points de vue, la modalisation, les registres)
tels, par exemple, Pierre et Jean et
Bel-Ami de Maupassant,
Le Père Goriot et Illusions perdues dans La
Comédie humaine de Balzac ; Au
Bonheur des Dames et La
Curée de Zola...
cf. sujets
de dissertation : Les héros ou personnages de romans sont-ils
toujours porteurs d'un énoncé didactique sur le monde ?
sujet 3 : Dans un roman, la
fiction narrative est-elle toujours au service d’un projet
didactique ?
Sujet 5 :
Que représentent pour vous les héros de la littérature ?
Sujet 6:
Les héros de la littérature sont-ils toujours exemplaires ?
Sujet 17 :
Les personnages d'un roman d'apprentissage apprennent-ils vraiment
quelque chose ?
Sujet 18 :
Dans les grands romans de formation du XIXème siècle, quels sont
les éléments qui favorisent l'apprentissage du héros ?
-- Que
sont nos chevaliers devenus ? (du roman de chevalerie,
avec notamment l'éducation de Lancelot par le fée Viviane et Merlin
l'Enchanteur dans Le Lancelot en prose à Don Quichotte
de Cervantes, aux romans picaresques et d'apprentissage)
Une mise en
question de la chevalerie dans les textes contemporains de Julien
Gracq, de Wajdi Mouawad et de Joël Pommerat ? (cf. le making of du
roman collectif des Collégiens qui étudient le roman de chevalerie
en 5ème : http://tempoeclipse.blogspot.com
)
-- "Un
roman français" :
recherche de "plumes" lycéennes générationnelles
;
-- Etat
des lieux sur le roman contemporain : les prix Goncourt; quel est
l'avenir du livre/de la lecture ?
-- La
révolution de l'information : a-t-on encore besoin
des journalistes ? (cf. Illusions perdues de Balzac)
(préparation
de la rencontre avec Eric Scherer);
-- La
Modernité : Où
est passé le temps ?
cf.
"Les événements ont dépassé la vitesse du sens",
Jean Baudrillard
L'accélération
du temps depuis le XIXème siècle : de "Correspondances"
et "L'Horloge"
à "Une
Passante" de
Baudelaire
; cf. Les Fleurs
du mal
(1857),
Le Peintre de la
vie moderne
(1863), Les
Curiosités esthétiques
(1868).
-- La querelle des
"Classiques" et des
"Modernes"
: en
France, il semblerait qu'on se soit toujours construit sur le mode de
la
conflictualité, qu'en
pensez-vous ? Que pensez-vous des querelles de clocher des chapelles
littéraires ?
Sujets de dissertation
:
Sujet 1 : L'écrivain
italien Italo Calvino tentait de dire ce qu'on entend par les termes
d'"oeuvre classique" et proposait cette définition : "Un
classique est un livre qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à
dire."
Sujet
2 : "Il
nous faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde",
proclame l'Apollon de La Fontaine.
Pensez-vous que les oeuvres "classiques"
ont fait leur temps et que les jeunes de l'âge atomique doivent
étudier seulement des œuvres contemporaines ?
--
Qui
sont les romanciers ?
Qui
sont les lecteurs de romans ?
Qui sont les critiques (les "gens
le lettres")
? Comment sont-ils perçus ? Par qui ? (cf.
Contre
Sainte Beuve,
Marcel Proust ; les positions opposées de Raphaël Enthoven et de
son père à propos de l'intérêt ou pas d'expliquer les oeuvres par
la biographie de leurs auteurs à la manière de Sainte-Beuve)
-- Peut-on
faire de "la bonne littérature" avec
de "bons sentiments" ?
"On
ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments",
André Gide
"Inquiéter,
tel est mon rôle. Le public préfère toujours qu'on le rassure. Il
en est dont c'est le métier. Il n'en est que trop."
(cf.
André Gide : Les
Faux-Monnayeurs ;
L'Immoraliste
; Les caves du Vatican)
--
Recherche sur le paysage urbain parisien depuis le XIXème siècle
(La
Curée de Zola) :
de l'urbanisme à l'urbanité ?
--
L'évolution de l'éducation depuis la courtoisie, l'Humanisme
: des salons des XIIème et XVIIIème siècles à
l'autobiographie et l'importance accordée à l'enfant au XIXème
siècle ;
--
L'évolution de la représentation de la personne à travers la mode
: du XIXème siècle dans les romans de Balzac et de Zola au
monde contemporain ;
-- Le
Romantisme du XIXème siècle au monde
contemporain (Que pensez-vous de l'expression de Frédéric
Beigbeder : "L'Egoïste romantique" ?) ;
-- La
représentation de la femme dans la littérature et dans
l'histoire des arts.
-- Qu'est-ce
que le beau : l'évolution de l'idée du beau (cf. les
révolutions esthétiques : cf. la préface de Cromwell de
Victor Hugo; de "L'Idéal" et "la Beauté" à
"Une Charogne" de Baudelaire dans Les
Fleurs du mal : "Spleen et Idéal"
; Les Curiosités esthétiques).
--
L'évolution
de la publicité et du commerce
de César
Birotteau
de
Balzac à Au
Bonheur des dames
de
Zola aux Choses
de
Georges Perec (en perspective croisée avec
Cercles/Fictions
et
Théâtres
en présence
La
grande et fabuleuse histoire du Commerce
et
Les
Marchands de
Joêl Pommerat).
O O
Les voies opposées du Journalisme et de la littérature dans Illusions perdues de Balzac
(dossier pré-rédactionnel)
"C'est la contradiction qui donne la vie en littérature"
le personnage de l'écrivain dans Illusions perdues
cf. Rubriques :
"Le story-board" : le synopsis de Illusions perdues
"Les personnages" : le portrait de Lucien de Rubempré
Les
écrivains :
Lucien
: le néophyte ("Les
Marguerites" ; L'Archer
de Charles IX)
Daniel
d'Arthez : le grand écrivain
Louis
Lambert : "l'absente de tout bouquet"
Félicien
Vernou : l'écrivain raté, aigri et jaloux devenu journaliste
(incapacité à écrire un roman, 345)
Nathan
: l'écrivain journaliste
Les
journalistes :
Les
rédacteurs de Finot : Etienne Lousteau, Hector Merlin, Lucien de
Rubempré
Le
rédacteur des "Débats" : Emile Blondet
Félicien
Vernou (
Le
journaliste intègre : Léon Giraud
Illusions
perdues fait
la description du système commercial de la librairie et du
journalisme que Lucien découvre malgré les préventions du cénacle.
C'est Etienne Lousteau qui fait les honneurs du monde de la librairie
et du journalisme à son nouvel ami : tous les ambitieux provinciaux
"qui s'élancent la tête haute, le cœur altier, à l'assaut
de la Mode […] tombent dans la fosse du malheur, dans la
boue du journal, les marais de la librairie"
(p. 261).
Le jeune provincial néophyte
n'échappera pas à cette "horrible odyssée par laquelle on
arrive à ce qu'il faut nommer, selon les talents, la vogue, la mode,
la réputation, la renommée, la célébrité, la faveur publique,
ces différents échelons qui mènent à la gloire, et qui ne la
remplacent jamais (p. 260) : "cette réputation tant désirée
est presque toujours une prostituée couronnée", constate
cyniquement Lousteau en introduisant Lucien dans les cercles
concentriques de l'enfer journalistique où l'opinion est fabriquée
par des "marchands de papier noirci qui préfèrent une bêtise
débitée en quinze jours à un chef-d'œuvre qui veut du temps pour
se vendre." (p. 261) et où le travail est déconsidéré au
profit des intrigues et des courbette des stratèges et des
commerçants : "travailler n'est pas le secret de la fortune en
littérature, il s'agit d'exploiter le travail d'autrui" (p.
262) : "Aussi plus un homme est médiocre, plus promptement
arrive-t-il ; il peut avaler des crapauds vivants, se résigner à
tout, flatter les petites passions des sultans littéraires" (p.
262). Il compare les journalistes à des "chenilles, écrasées
avant d'être papillons" (p. 261) et le jeune provincial
ambitieux encore plein d'illusions (("Eh! Mon cher, vous avez
encore des illusions." (p. 295) ; "Vous êtes un niais,
mon cher" (p. 301) "Dam! Dit Lousteau, ça conserve des
illusions", p. 360) à un futur martyr : " – Bon !
dit le journaliste, encore un chrétien qui descend dans l'arène
pour se livrer aux bêtes" (p. 263).
Lucien est fasciné par le tableau
cynique mais réaliste brossé par son initiateur Etienne Lousteau :
"Cette rude tirade, prononcée avec les accents divers des
passions qu'elle exprimait, tomba comme une avalanche de neige dans
le cœur de Lucien et y mit un froid glacial. Il demeura debout et
silencieux pendant un moment*. enfin, son cœur, comme stimulé par
l'horrible poésie des difficultés, éclata. Lucien serra la main de
Lousteau, et lui cria : -- Je triompherai !" (p. 263)
cf.
le cri de Rastignac à la capitale, immobile sur les hauteurs du
Père Lachaise : "A nous deux maintenant", )à* à
la fin du Père Goriot
"Un journaliste est un
acrobate", Lousteau (p.
361)
Illusions
perdues fait
la description du système commercial de la librairie et du
journalisme que Lucien découvre à Paris et dans lequel il
s'introduit en vendant son âme à l'opinion publique (réversibilité
et prostitution de la plume (cf. Janus), malgré les avertissements
du Cénacle.Lucien est fasciné par le tableau cynique mais réaliste
brossé par son initiateur, Etienne Lousteau dans les cercles
concentriques de l'enfer parisien ("La
Comédie humaine" <
"La Divine Comédie",
Dante.
Le deuxième livre paru en 1839
fait suite à la "désengoulêmisation" de Lucien et de Mme
de Bargeton : le "grand homme de province à Paris"
(oxymore ironique) connaîtra le succès d'abord et l'ivresse qui
l'accompagne (avec la paresse, la débauche et la corruption), puis
la chute et les désillusions. Il est autant le jouet d'une double
conspiration que de ses propres "vanités" et ne peut s'en
prendre qu'à sa jeunesse et aux imprudences liées à sa faiblesse
de caractère et à son absence de sens moral (--> jeunesse et
éducation : "enfant gâté", enfant sans père).
Balzac,
dans Illusions
perdues, présente
le statut de l'écrivain après la révolution française (livré aux
commerçants du livre, sans la protection d'un mécène -->
"L'Allée du roi",
N. Companez). L'écrivain est pour Balzac comme pour Victor Hugo
("l'enfant sublime") un homme d'action qui travaille sur
"la masse lisante" pour transformer l'Opinion, le "Napoléon
des lettres",
l'écriture "une
mission", la pensée
un point fixe comme pour les membres du Cénacle, alors que pour les
journalistes du roman les idées ne sont que des illusions qui
piègent les lecteurs, mouvantes et changeantes. Le tableau très
négatif des journalistes dans Illusions
perdues
représente la condamnation d'une pratique déréglée du journalisme
et non une condamnation sans appel de tout Journalisme : le romancier
dénonce les journalistes protéiformes sans idéaux et sans
conscience morale qui prostituent leur plume pour s'assurer un
pouvoir immédiat et s'enrichir. Il oppose le pouvoir de la presse
capable du meilleur (avec Léon Gireau, le journaliste du Cénacle)
comme du pire, capables d'assurer un triomphe ou de faire tomber un
livre, une pièce, une actrice, un parti, un gouvernement au gré de
leurs caprices ou de leurs intérêts (avec les rédacteurs
protéiformes et vendus qui s'entendent comme larrons en foire,
qu'ils soient libéraux ou royalistes, tels Etienne Lousteau ou Emile
Blondet) qui prétendent apprendre "le mécanisme du monde"
à Lucien : " tout dans ce monde est corruption, chaque homme y
est corrupteur ou corrompu" ( p. 259) et l'initier à l'art du
chantage à la pureté des idéaux des "saints" du Cénacles
et à la puissance des "hommes forts", des hommes
d'expérience qui ont su garder leur conscience etcoeur intacts,
qu'évoque avec nostalgie Etienne Lousteau :
"ces hommes de cervelle
cerclée de bronze, aux cœurs encore chauds sous les tombées de
neige de l'expérience, ils sont rares dans le pays que vous voyez à
nos pieds, dit-il en montrant la grande ville qui fumait au déclin
du jour. […] Ils sont rares et clairsemés dans cette cuve en
fermentation, rares comme les vrais amants dans le monde amoureux,
rares comme les fortunes honnêtes dans le monde financier, rares
comme un homme pur dans le journalisme." (p. 261) -->
Monseigneur Myriel dans Les
Misérables, V. Hugo
Balzac, dans Illusions
perdues présente le statut de l'écrivain après la
révolution française – les artistes dépendaient au siècles
précédents des largesses des princes pour ne pas tomber dans la
misère, sous la Restauration, ils sont soumis aux commerçants et à
l'opinion qui est entre les mains de la presse --.. Par exemple, le
poète Scarron dit à sa femme, la future Mme de Maintenon : "Je
ne suis qu'un pauvre poète qui s'arrache tous les jours des soupirs
et des larmes pour faire bouillir la marmite".
Il oppose la précarité de la
situation de l'écrivain et du poète au pouvoir des journalistes,
les "écrivants". Ce tableau très négatif est la
condamnation d'une pratique déréglée du journalisme et non une
condamnation sans appel de tout le Journalisme : les journalistes
prostituent leur plume et cherchent à s'assurer un pouvoir immédiat.
Le journaliste explique à Lucien "le mécanisme du monde"
: "tout dans ces deux mondes[le monde de la vie littéraire
et de la politique] est corruption, chaque homme y est corrupteur ou
corrompu" (p. 259). Il oppose le pouvoir de la presse
capable du meilleur comme du pire, assurer un triomphe ou faire
tomber un livre, une pièce, une actrice, un parti, un gouvernement
(cf. le chantage, p. 422) à la pureté de l'idéaliste qu'il était
:
"Ah! ceux pour qui elle
est [la littérature], pour moi jadis, pour vous aujourd'hui, un ange
aux ailes diaprées, revêtu de la tunique blanche, montrant une
palme verte dans sa main, une flamboyante épée dans l'autre, tenant
à la fois de l'abstraction mythologique qui vit au fond d'un puits
et de la pauvre fille vertueuse exilée dans un faubourg, ne
s'enrichissant qu'aux clartés de la vertu par les efforts d'un noble
courage, et revolant aux cieux avec un caractère immaculé, quand
elle ne décède pas souillée, fouillée, violée, oubliée, dans le
char des pauvres ; ces hommes de cervelle cerclée de bronze, aux
cœurs encore chauds sous les tombées de neige de l'expérience, ils
sont rare dans le pays que vous voyez à nos pieds, dit-il en
montrant la grande ville qui fumait au déclin du jour.
Une vision du Cénacle passa
rapidement aux yeux de Lucien et l'émut, mais il fut entraîné par
Lousteau qui continua son effroyable lamentation.
--
Ils sont rares et clairsemés dans cette cuve en fermentation, rares
comme les vrais amants dans le monde amoureux, rares comme les
fortunes honnêtes dans le monde financier, rares comme un homme pur
dans le journalisme."
(p. 261)
Lousteau n'est d'abord pas un
cynique, il ne le devient que pour s'opposer à d'Arthez qui
n'apparaît pas dans le premier état du manuscrit : une poétique
baroque de l'énergie et du contraste (antithèse et oxymore) :
"Enfin, pour un exemplaire
refusé par le libraire à mon journal, je dis du mal d'un livre que
je trouve beau !" (p. 260) : c'est ce que Lucien fera avec
le livre de Nathan
Balzac,
dans Illusions perdues
le pouvoir de la plume : il pense que le journalisme et
la littérature constituent les meilleurs moyens d'une conquête
politique. La rédaction du premier roman d'Illusions
perdues en 1836-1837, correspond à une période où,
renonçant à l'action politique directe, Balzac choisit un autre
mode d'action et en vient à réfléchir sur le statut de l'écrivain,
nouvelle puissance sociale dont il veut faire reconnaître
l'aristocratie.défend le droit de propriété littéraire et en même
temps son aristocratie, le droit de s'appeler Honoré de Balzac (cf.
préface du Lys dans la
vallée, 1836). Il a souvent été critiqué par les
journalistes de l'époque pour cette usurpation de la particule. Il
s'invente une généalogie qui le place dans la lignée du grand Guez
de Balzac. Illusions perdues
est le seul roman où apparaît le nom du grand homonyme
de Balzac.
Pour
les journaliste d'Illusions
perdues les idées ne sont que des illusions
qui piègent les lecteurs, mouvantes et changeantes tandis que pour
les membres du Cénacle – comme pour Balzac dans l'Avant-propos –
la pensée est un point fixe.
"Nous
ne reculons devant rien, répondit Michel Chrestien. Si tu avais le
malheur de tuer ta maîtresse, je t'aiderais à cacher ton crime et
pourrais t'estimer encore ; mais si tu devenais espion, je te fuirais
avec horreur, car tu serais infâme et lâche par système. Voilà le
jourrnalisme en deux mots. L'amitié pardonne l'erreur, le mouvement
irréfléchi de la passion ; elle doit être implacable pour le parti
pris de trafiquer de son âme, de son esprit et de sa pensée."
(243)
L'écrivain est pour Balzac un
homme d'action qui travaille sur "la masse lisante" pour
transformer l'Opinion, Le "Napoléon des Lettres". Comme
pour Victor Hugo, "l'enfant sublime", l'écrivain pour
Balzac une "mission".La recherche de la commercialisation
qu'on a pu lui reprocher, le désir de la contrôler et de la
maîtriser au plus près, sont indissociables de l'idée qu'il se
fait de sa mission.
La transformation du manuscrit en
simple marchandise prive l'auteur de ses droits, d'où le conflit
qui éclate en 1835 avec l'éditeur Buloz et à la "Revue de
Paris" où Balzac a commencé à publier Le
Lys dans la vallée sous forme de feuilleton. Buloz se
croit autorisé à transmettre à la "Revue de
Saint-Pétersbourg, sans l'autorisation de Balzac, des épreuves de
son roman qui paraîtront dans cette revue, à la grande colère de
l'auteur dépossédé de ce qu'il estime être sa propriété et son
droit de contrôle, et placé devant le fait accompli d'uen
publication d'un état inachevé de son roman. Furieux, Balzac
interrompt la publication du Lys
dans la vallée et il s'ensuit un procès qu'il gagne en
juin 1836, quelques semaines avant le début de la rédaction
d'Illusions perdues.
Ecrit dans la foulée du procès,
Illusions perdues
peut être lu en grande partie comme une réaction à cette
spoliation intolérable dont Balzac s'estimait victime (Nicole Muzet)
": il se trouve dans la même situation que Lucien quand la
manuscrit Les Marguerites
acheté reste au fond du tiroir de Dauriat et quand la publication de
L'Archer de Charles IX
lui échappe, après la faillite de Fendant et Cavalier.
"Le diable c'est l'ennui", Peter Brook

